à la fin de ce jour

26 novembre 2019 § 2 Commentaires

Je veux entrer
Mais je ne sais
Ni où ni dans quoi.
Il semblerait que ce soit là
Où je me confondrais
Avec la source de ce
Dont j’ai toujours eu besoin. 

Guillevic

 

apparition à l’arbre … acrylique et stylo sur sachet de boulangerie

il est encore dit
dans le village d’où je viens
que les arbres aussi versent des larmes
lorsque perdure
l’absence des oiseaux
sur leurs branches

Alain Mabanckou

clin d’oeil à Arbrealettres

comme un fantôme

5 octobre 2019 § Poster un commentaire

après un concert incantatoire de Susheela Raman

en découvrant son dernier album où les gamelans résonnent en chœurs d’ailleurs

Susheela portrait apparition sur un sachet de récupération

elle est arrivée dans une robe étonnante … un mélange d’armure, de combinaison spatiale avec des accents pharaoniques … Shusheela Raman chante et enchante mais sans complaisance, avec une exigence, une aspiration à nous emmener loin, loin de la consommation facile, loin des effets gratuits, au monde où les esprits nous renvoient à ce que nous sommes …

GHOST CHILD

hawk rising
circles the empty sky
she is being
as I,just being
someone somewhere
somehow become
the frayingedge of a picture
of a fledgeling
on a highledge loooking down

the ghost of a child
echoes on the wind
i have returned
in older skin

(:::)

Susheela Raman
extrait de son dernier album Ghost Gamelan

merci à Renens pour son audacieuse programmation et son engagement à faire découvrir d’autres sentiers …

 

à la radio

31 mai 2019 § Poster un commentaire

un dessin rencontre
réalisé pendant un entretien accordé à Justin Müller
à l’occasion d’aperti XIII
et diffusé dans l’émission de radio Versus sur Espace 2
https://www.rts.ch/play/radio/versus/audio/aperti-le-temps-de-latelier-22?id=10485073

le texte d’où sortent les mots :

Le livre de l’intranquillité de Bernardo Soares ( Fernando Pessoa )

Combien de Césars j’ai été !

La vie se ramène pour nous à ce que nous sommes capables d’en concevoir. Aux yeux du paysan, pour lequel son champ est tout au monde, ce champ est un empire. Aux yeux de César, pour qui son empire est encore peu de chose, cet empire n’est qu’un champ. Le pauvre possède un empire ; le puissant possède un champ. En fait, nous ne possédons jamais que nos impressions ; c’est donc sur elles, et non sur ce qu’elles perçoivent, que nous devons fonder la réalité de notre existence.

(Ceci ne me vient à propos de rien en particulier.)

J’ai beaucoup rêvé. Je suis lassé d’avoir tant rêvé, mais non point de rêver. Rêver, voilà ce dont nul ne se lasse, car c’est oublier, et l’oubli ne nous pèse pas, c’est un sommeil dépourvu de songes, pendant lequel nous demeurons éveillés. En rêve, j’ai tout obtenu. Je me suis réveillé aussi, mais qu’importe ? Combien de Césars n’ai-je pas été ! Et les plus glorieux, quels hommes médiocres ! César, sauvé de la mort par la générosité d’un pirate, fait crucifier ce même pirate dès qu’il a réussi, après bien des recherches, à mettre la main sur lui. Napoléon, rédigeant son testament à Sainte-Hélène, stipule un legs en faveur d’un bandit qui avait tenté d’assassiner Wellington. O grandeurs, si semblables aux grandeurs d’âme de ma voisine borgne ! Ô grands hommes, dignes d’une cuisinière de l’autre monde ! Combien de Césars ai-je déjà été, et rêve encore d’être ?

Combien de Césars, oui, mais jamais pour de bon. Je n’ai été véritablement impérial qu’autant que je rêvais, et c’est pourquoi je n’ai jamais rien été ! Mes armées, certes, ont connu la défaite, mais une défaite moelleuse à souhait, et personne n’y fut occis. Je n’y ai perdu aucun étendard : je n’ai pas rêvé mes armées au point de faire apparaître leurs drapeaux à mon regard, car le rêve se heurte toujours à un tournant… Combien de Césars n’ai-je pas été, ici même, dans ma Rua dos Douradores. Et les Césars que j’ai été vivent toujours dans mon imagination ; mais les Césars qui ont vécu réellement sont morts aujourd’hui, et la Rua dos Douradores, autrement dit la Réalité, ne peut plus rien en connaître.

Je jette ma boîte d’allumettes, vide à présent, dans cet abîme de la rue, au-delà de l’appui de ma fenêtre dépourvue de balcon. Je me redresse sur ma chaise, et j’écoute. Nettement, comme si elle signifiait quelque chose, la boîte d’allumettes vide résonne sur la chaussée qui s’annonce ainsi déserte. Aucun autre son, sauf ceux de la ville entière. Oui, les sons de la ville d’un dimanche tout entier, si nombreux, sans se concerter, mais tous justes.

Que peu de chose, dans le monde réel, suffit pour former la base de nos réflexions les plus profondes : être arrivé en retard pour mon déjeuner, avoir trouvé ma boîte d’allumettes vide, l’avoir jetée dans la rue, à titre individuel, avoir éprouvé de la mauvaise humeur à cause d’un repas pris à une heure indue ; et que ce soit dimanche, aérienne promesse d’un couchant raté, et n’être personne en ce bas monde — et puis la métaphysique tout entière. Mais combien de Césars j’ai été !

la cueilleuse

15 mai 2019 § Poster un commentaire

« la déesse des cueilleuses de fraises »
est apparue dans un cageot de fraises d’Espagne
en hommage aux femmes qui travaillent si dur
en tant que saisonnières agricoles…  

la cueilleuse par Kajan(c)

extrait de France Info du 8 février 2018 :

«Pendant environ cinq mois, ces ouvrières vont vivre en terre inconnue, séparées de leurs enfants et accomplissant un travail physiquement exigeant avec un seul objectif en tête: gagner le plus d’argent possible pour retourner au Maroc et aider à soutenir leurs familles», détaille Le Desk. 

Selon l’agence de presse espagnole EFE, 13.000 femmes, principalement issues du milieu rural marocain défavorisé, faisaient la queue cette semaine dans cinq villes du Maroc dans l’espoir de décrocher un emploi de saisonnier dans la récolte de fraises à Huelva, dans le sud de l’Espagne. Selon le site Huelva informacion, cité par Espacemre, la demande des producteurs serait de 16.000 saisonnières et non de 13.000. 

La préférence irait vers les mères de famille pour garantir le retour au pays à l’expiration du contrat. Le salaire brut journalier des ouvrières agricoles marocaine, en 2016, était de 39,48 euros. Elles perçoivent le même salaire que les travailleuses issues d’autres pays, notamment des pays de l’Est membres de l’UE, comme la Roumanie. Les Espagnols délaissent de plus en plus les emplois saisonniers, jugés trop pénibles, au profit des Marocains, Roumains ou Équatoriens. (…)

dérive
rien ne semble s’être méfait
la paysanne
à qui l’on vient de refuser
le troc de ses œufs
n’a même pas l’air triste
et ceux qui dans la boutique
détournent le regard
ignorent encore
qu’ils dérivent aussi
vers la même lésion du temps
Hédi Kaddour

présentées à Aperti XIII le 18 et 19 mai 2019

plus de détails sur www.aperti.ch

Jupiter et la bouchée aux noix

4 février 2019 § 1 commentaire

qui a rêvé de voyager en mangeant un biscuit aux noix ?
mon ami Sylvain m’en a offerts pour accompagner le café…
quelques jours après, le sachet vide sur la table me présentait un hublot inopiné…
et la voyageuse de l’espace n’avait plus qu’à apparaitre…

sur une musique d’il y a longtemps composée par Georges Delerue et nommée Jupiter…

L’Espace est une nuée dans les yeux
Le Temps est une musique dans les oreilles.

John Francis Shade

Ô espace
Ô chemin vers ce que je veux et ne veux pas
Est-il possible
Que tant de splendeur et de mystère
Soient une femme?

Adonis

Que 2019 soit l’espace de tous vos possibles !

 

 

tu me fais tourner la tête

10 novembre 2018 § 5 Commentaires

Si je regarde en toi fente

dans tes pentes dans tes plis sondant
Descendant par l’ombre et la moire à ton noir
Si je rôde et respire à tes alentours
Glissant du relief par la zone rose
Au secret gorgé de ce noir À la faille à la gorge, fente dans sa plissure avisant

Maintenant scrutant la buée belle à voir
Ce glissement à ta chaleur déjà liquide
Madame la fente où règne l’Odeur

O regardant par l’entaille le délice

de sueur, de fétide miel
Dans le val ce silence noir
De sombre suc musicien
Si descendant rôdant encore à cette orée
Je me tue à percer un chemin autre À la caverne visiteur épuisé de zèle
Quand la tonne parfumée exhale
Et coule en pluie à ta paroi

ruisselante robe définitive À ma bouche bien avant le drap des morts

O fente si je viens en toi

Par la langue et l’œil ouvrant ta nuit sacrée

Descendant par les haltes un songe noir comme un fleuve

Enfoui l’oubli muet dans tes pentes
Si j’allume au fond de la chambre
Cette lampe, fente, tes alentours sur la strie
Noire à l’ombre offrant la glu à me tuer
Visiteur encore rêvant mangeant la lumineuse suie

La fente par Jacques Chessex
trouvé en accord parfait ce jour chez mon pourvoyeur de poèmes Arbrealettres

 

au bistrot

15 août 2018 § 1 commentaire

en rentrant de ma campagne profonde, je me suis arrêtée à Dijon et dans ce bistrot typo particulier j’ai eu besoin de transformer l’alphabète du set de table …

 

 

le set de table avant vision en quelques lettres …

là-bas un cow-boy amoureux, sa passion aboie comme un chien rouge… ici des gens qui mangent vite, qui attendent des tables tout aussi pressées… la danse des serveurs… courir… manger… là-bas un lecteur est plongé dans un recueil de poésie, se souvient de sa mère devenue cosmonaute… un cerf, un bélier, un horizon prometteur de non-sens plus beau que tout ce qui se passe autour de moi…
une urgence…
un seul mot d’ordre…


Rêver toujours !

 

 

 

Que la Terre ne sache pas que je vis !
Qu’elles ne sentent pas, les mers, que je navigue !
Qu’il ne comprenne pas, le ciel, que je le regarde !
Qu’à son horloge le temps ne me découvre pas
ni que l’air ne s’agite, si je respire !
Je suis tout juste un visiteur, je ne reste pas,
je quitte le monde sans y être venu…
Mais c’est en vain : le soleil frappe mon corps
et mon ombre lui sert de témoin.

    *

Soy visitante

¡Que la tierra no sepa que estoy vivo!
¡Que no sientan, los mares, que navego!
¡Que no comprenda, el cielo, que le miro!
¡No me descubra en su reloj el tiempo
y no se agite el aire, si respiro!
Soy visitante apenas, no me quedo,
me voy del mundo sin haber venido…
Pero es en vano: el sol toca mi cuerpo
y mi sombra le sirve de testigo.

***

Ricardo Paseyro (1924-2009) – En la alta mar del aire y Mortal amor de la batalla (1965) – Dans la haute mer de l’air et Mortel amour de la bataille (Editions de Corlevour, 2003) – Traduit de l’espagnol (Uruguay) par Yves Roullière.

ce poème trouvé ici … merci à BEAUTY WILL SAVE THE WORLD

 

 

Où suis-je ?

Catégorie apparition sur journal du dessin rencontre.