à qui parler
17 avril 2023 § Poster un commentaire
dessiné dans le métro le 21 janvier avant et après le travail, du temps où je travaillais encore, du temps où j’espérais parler à quelqu’un … mais il fallait bien que je commence à m’entendre avec moi-même, que je m’écoute …

Solitude
Tu reconnaîtras ta force
à ta capacité
à résister à la solitude.
Les étoiles géantes sont seules
en marge de l’espace.
Les petites et les confuses
se tassent en galaxies.
La semence du séquoia choisit les clairières
riches en soleil, ouragan et oxygène.
La semence des fougères se niche dans les forêts vierges.
L’aigle n’a jamais eu besoin
de faire la connaissance d’un autre aigle.
Les fourmis ont inventé les peuples.
Tu reconnaîtras ta force
à ta capacité
à surmonter l’instant présent,
car l’instant présent est plus dur,
plus terrible et plus long
que le temps, que l’éternité.
***
Самоћа
Своју снагу препознаћеш по томе
Колико си у стању
Да издржиш самоћу.
Џиновске звезде самују
На ивицама свемира.
Ситне и збуњене
Сабијају се у галаксије.
Семе секвоје бира чистине
Са много сунца, урагана и ваздуха.
Семе папрати завлачи се у прашуме.
Орао никад није имао потребу
Да се упозна са неким другим орлом.
Мрави су измислили народе.
Своју снагу препознаћеш по томе
Колико си у стању
Да пребродиш тренутак,
Јер тренутак је тежи
И страшнији и дужи
Од времена и вечности.
Miroslav Antić
les mots me revenant
13 juillet 2022 § Poster un commentaire
ou une histoire de fantômes sous la pleine lune…

« Tous les fantômes sont lunaires. La vie vous mange, et la mangez « Georges Libbrecht
Dans la boîte du scrabble récupéré se trouvent de vieux papiers, des comptes des jeux d’autrefois et des listes de mots. Ce jeu appartenait à Marie-Odile et elle aimait y jouer avec Paulette. J’ai dit à Serge que j’allais dessiner l’esprit des joueuses : deux silhouettes apparaissent sur les séries de chiffres au crayon.
Je fais traverser l’encre des stylos avec de l’alcool, ce qui me permet de reprendre aussi les apparitions au dos de la feuille. Sur le côté du papier, j’ai écrit je ne sais plus quand un nom : Philippe Charlier. Qui est-ce ? Je ne m’en souviens plus …
Quelle n’est pas ma surprise et mon amusement de découvrir que Philippe Charlier est un spécialiste des fantômes ! Un étonnant médecin légiste, anthropologue et archéologue …
« Dans une enquête inédite sur les terres du spiritisme, l’auteur nous mène de la tombe d’Allan Kardec au culte des âmes du Purgatoire. De Rome à Paris, en passant par le Vietnam et l’Écosse, il interroge les archives et les adeptes de ceux qui refusent de voir la mort comme une inéluctable fin. Pourquoi les spectres, les fantômes ou les revenants continuent-ils de passionner ? Comment la science a-t-elle tenté d’enregistrer le son des morts, de photographier les fantômes ou les pensées ? Quel a été le rôle des médiums dans cette communication d’outre-tombe, entre sincérité et escroquerie ? Comment le surnaturel, qui défiait initialement la science, est-il devenu lui-même, au cours du XIXe siècle, un véritable objet d’étude ? Et surtout, à qui profitent les revenants et leurs manifestations ? Cette histoire du surnaturel est une invitation à voyager dans l’autre monde, à la rencontre de ceux qui croient aux fantômes, ceux qui réfutent leur existence, et ceux qui cherchent la vérité. »

En attendant, Paulette et Marie-Odile jouent au scrabble pour l’éternité …
Le seul fantôme que j’aie jamais vu
De Malines était vêtu –
Il n’avait pas de sandale à son pied –
Et comme flocons il allait – Son Pas, était silencieux, comme l’Oiseau –
Mais preste – comme le Chevreuil –
Ses façons, bizarres, Mozaïques –
Ou peut-être, Druidiques – Sa conversation – rare –
Son rire, pareil à la Brise
Qui se meurt en Fossettes
Dans les Arbres pensifs – Notre entrevue – fut éphémère –
De moi, lui-même avait peur –
Et à Dieu ne plaise que je regarde en arrière –
Depuis cet effroyable jour!
Emily Dickinson
Camouflage
15 avril 2022 § 2 Commentaires
Camouflage : plus de 100 façons de …
Je reviens. J’ai quelque chose à vous dire.
En octobre 2020, je recevais la confirmation de ce que je soupçonnais depuis des mois, des années même, en recevant, après des tests, le diagnostic d’ autiste Asperger. Soulagée de comprendre certains évènements de ma vie mais également choquée, je fis mon premier « shut-down » officiel:
je restais assise des heures non loin du cabinet d’où je venais de sortir, au milieu d’une rue très animée qui conduit à la gare. Désormais, mon temps courrait autrement que pour ces passants météorites en route vers des mystères.
En octobre 2020, je recevais mon diplôme d’autiste.
Je repris alors les chemins de ma vie comme si je venais de me réveiller d’un étrange rêve.

J’ai alors cherché des informations partout, jusqu’en Australie. ( * et ** )
Je retrouvais ce dessin de moine comme une trace d’un moi oublié, nié, un moi-ne.
Des années de déguisement, de camouflage de plus en plus difficile, m’ont laissée dans une version incertaine de qui je suis vraiment: plus de 50 ans à tenir, à m’interdire d’être moi-même par peur des réactions des autres.
Comment faire pour me retrouver après tant d’artifices ?
J’ai dessiné sur ce moine tranquille, quasi sans genre, imperturbable, bientôt 200 versions des camouflages que j’ai portés avec panache.
* « Ce qui a été par contre démontré par la recherche en tant que spécificité féminine de l’autisme, c’est une meilleure capacité des femmes à mettre en œuvre des stratégies de camouflage dans les situations sociales afin de masquer leurs difficultés (Kenyon 2014, Baldwin and Costley 2015; Cridland et al. 2014; Mandy and Tchanturia 2015; Rynkiewicz et al. 2016). »
** https://comprendrelautisme.com/lautisme/les-femmes-autistes/


Le dessin est pour moi la pratique indispensable pour vivre dans ce monde. J’ai choisi de pratiquer un métier à temps partiel pour régler les contingences matérielles et éviter d’aliéner ma créativité, mais tout s’est effondré récemment. Je n’arrivais plus à respecter des règles que je ne comprenais pas dans cette dimension de normes absurdes mais néanmoins meurtrières.
J’ai découvert en écoutant Temple Grandin que moi aussi je pense en images, et que ce n’est pas si courant, que je peux sembler bizarre mais que ce n’est pas grave, que ces particularités pourraient même être partagées, comme certains détails qui créent l’enchantement.
Ainsi, je reprends ce qu’il me reste de chemin en entendant mieux le chant des arbres …
« Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver. »
René Char
morceaux d’elle
19 août 2021 § Poster un commentaire

derrière le grillage de style
derrière les barreaux dorés
il y a une femme
cachée
peut-être prisonnière

je ne suis pas une femme
crie t’elle
je suis un être vivant
je suis un trésor
qu’on n’a pas besoin de cacher

je ne suis pas issue d’une côte ni d’une dent
je suis un être vivant
moine émoi
9 Mai 2021 § Poster un commentaire

Ce moine est apparu il y a 20 ans sous ma plume d’encre et a traversé le temps pour venir me dire qu’il vivait en moi, qu’il est moi. Tourné vers l’intérieur, les yeux fermés, dans une forme d’austérité, et surtout dans un grand silence.
Mais que de vie dans ce silence, que d’énergie.
Je reprends toute une série de cartes imprimées où habite ce moine en les rehaussant de toutes sortes de manières et matières.
Pendant toutes ces années de silence, ce moine a fait germer son cœur.
J’extirpe de mon cœur des morceaux de silence.
Je compose des vers jusqu’au dernier frimas.
De l’aube, comme si j’avais peur des gravats
De la Nuit, comme si j’avais des turbulences
Dans ma tête… J’écris ces bribes de douleurs,
Cet impalpable mal qui va jusqu’aux fatigues
Du corps et puis de l’âme, au-delà de ces digues
Qui retiennent la vie avant qu’il ne l’effleure Cet ailleurs qui fait peur…
Thierry Sajat

Celui-ci fit tant le bien qu’il devint amphibien.
Laisse-moi, laisse-moi me taire,
Que cessent les mots.
Laisse-moi dire une prière
Tout bas, les yeux clos.
Nul ne peut, ni gardes en armes
Grille ou barbelés,
Nul ne peut interdire aux larmes
Tout bas de couler.
Pareils aux arbres de silence,
Vent, ne nous évite,
Mais qu’avec toi nos vœux s’élancent
Vers d’autres zéniths.
Va ton chemin, brise légère,
Va sans trop flâner
Pour porter à ma vieille mère
Mes tendres pensées.
Parmi les yeux de millions d’êtres,
Ceux de ma maman,
Tu sauras bien les reconnaître :
Ils sont différents.
Nul vent ne sèche la rosée
À ses yeux brûlants,
Elle pleure, martyrisée,
Son fils, dans un camp.
Va vite, vent, je lui envoie
Un signe d’amour,
Que ses yeux malades revoient
Son fils, de retour.
Et le vent murmure : est-ce un rire
Ou, secret, un pleur ?
De ma fin déjà, veut-il dire
Qu’ici sonne l’heure ?
Écoute encore, vent, écoute,
Au cœur un sanglot.
Mais le vent a fui sur la route
Et plus un écho.
Maintenant laisse-moi me taire,
Que cessent les mots.
Laisse-moi dire une prière,
Tout bas, les yeux clos.
Hirsh Glik

Celui-ci songea tant à la structure du silence qu’il devint pierre philosophale.
Les Quatre Vœux bouddhiques
Si nombreux que soient mes défauts,
Je m’efforcerai d’en triompher.
Si difficile que soit l’étude,
Je m’appliquerai à l’étude.
Si ardu que soit le chemin de la Perfection,
Je ferai de mon mieux pour y marcher.
Si innombrables que soient les créatures errantes
dans l’étendue des trois mondes,
Je travaillerai à les sauver.
Sagesse du Bouddhisme
inflation au paradis
7 Mai 2021 § Poster un commentaire

en 2013, avec plus de 20 personnes, nous avons réalisé ce grand collage nommé « le prix du paradis » : l’expérience fut étonnante de découper dans des tirages de billets de banque, nous faisant réfléchir et échanger sur la notion de valeur …

La monnaie est le stock d’actifs aisément mobilisables pour procéder à des transactions.
Elle a essentiellement trois fonctions :
- Réserve de valeur (la monnaie est un moyen pour transférer du pouvoir d’achat du présent à l’avenir).
- Unité de compte (référence à l’aune de laquelle on mesure les transactions économiques).
- Intermédiaire des échanges (moyen utilisé pour acheter des biens et des services). Dans une économie de troc l’exchange exige la double coïncidence des besoins et les agents économiques peuvent réaliser seulement des transactions simples. La monnaie rend possibles des échanges plus indirects et réduit les coûts des transactions.
Liquidité : la facilité avec laquelle un actif peut être converti dans le moyen d’échange du système économique. Monnaie = actif le plus liquide de tous.

serait-ce la roue de la fortune ?
2 avis intéressants sur la situation économique actuelle :
Gilles Raveaud : l’économiste iconoclaste https://youtu.be/bIIRor8z1Wk
et Gaël Giraud : le prêtre économiste https://youtu.be/-8j8xgkZxuE
1er Mai ou dernier mais
1 Mai 2021 § Poster un commentaire
L’origine et le sens du mot travail ne font pas l’unanimité :
Alain Rey a évoqué le lien avec le mot Trepalium, ce mot latin qui désigne un instrument de torture. C’est la version qui trouve le plus d’échos de nos jours et cette hypothèse permet de conforter l’idée selon laquelle le travail serait, intrinsèquement, une souffrance, voire un supplice.
La division du travail d’exploitation et d’abattage,
le découpage des responsabilités,
permet de masquer notre participation individuelle
à la maltraitance et au meurtre.
Elisabeth de Fontenay
J’ai cherché un ou des dessins où j’ai représenté le travail: je n’en ai trouvé que très peu. J’ai beaucoup représenté de dimensions échappant aux contraintes apparentes de ce monde… rêves, mythes, apparitions…

Une définition est un sens que nous donnons aux mots
bien au-delà d’empreintes idéologiques.
Comment une société prétendument évoluée peut-elle encore associer
travail et souffrance ?
travail et sacrifice ?
travail et soumission ?
travail et aliénation ?
travail et enfer ?
Pourquoi certains travaux valent-ils plus que d’autres ?
Pourquoi tant de différences entre les salaires ?
Une guerre secrète se mène souvent entre collègues cherchant reconnaissance.
Le silence est lourd autour de la maltraitance hiérarchique : « j’ai trop peur qu’ils s’en prennent à moi ! J’ai besoin de ce travail pour payer mes factures, pour entretenir ma famille, pour donner un sens à ma vie… »
tu travailles,
travailles et travailles
et un jour tu sors de ton rêve ou de ton cauchemar
et on t’annonce que ce que tu as fait n’a servi à rien.
José Saramago
Saurons-nous un jour sortir de cette cage et partager ?

Il faut faire son travail au mieux
puis s’en détacher brutalement.
La poussière couvrira tout.
Il faut aller d’un pas plus léger
que la poussière.
Christian Bobin
qu’attendons-nous?
27 avril 2021 § Poster un commentaire

Nous sommes devenus
Ce que l’attente a
Fait de nous
Quand viennent
Ces paroles entendues
Chaque fois
Que vente en tempête
L’écho
De serments non tenus
Et qui dira
Si l’ignorance est
Ce qu’on attend ou non
Sans deviner ni par qui
Ni de quoi il
S’agit
Werner Lambersy
Ève et Adam
20 mars 2021 § Poster un commentaire
apparus il y a 40 ans …
j’avais 17 ans
j’étais amoureuse de Dali
de Léonard de Vinci …
ce couple inspiré peut-être par mes parents …
le monde autour comme un grand désert
où des apparitions pouvaient se produire inopinément …
Ève et Adam



de la couleur du ciel
25 janvier 2021 § Poster un commentaire

si je crois que j’ai bouclé l’année, comment commencer celle-ci ?
en réalisant qu’il n’y a ni fin ni commencement …
juste une manière d’être ici maintenant …
« ils m’ont fait comprendre qu’il leur fallait une carte de vœux »
la carte brillante au propre et au figuré de Sandrine Pelletier
pour le MCBA résonne particulièrement …
que souhaiter ?
quels vœux pour notre humanité ?
partir, rester, rebrousser chemin, disparaître ?
est-ce seulement possible ?
brûler les questions ?
accueillir le silence
vivre

L’étoile de mes vœux file un coton d’ennui
Tandis que l’araignée condamnée aux présages
Sur ton ombre brisée, oh! profil de mes nuits,
Prend l’ombre d’un baiser rapporté de voyage.Louise de Vilmorin
pour Corinne Weiss et Cath Rostain


