Thérémine

4 février 2018 § 4 Commentaires

dessins inspirés par ma rencontre récente avec le théréministe Thierry Frenkel qui donnait une académie à Lausanne à l’occasion du festival N/O/D/E

il caresse l’air
s’élève alors une vibration particulière
étrange instrument
paraissant dialoguer avec ailleurs
la dimension intime du son
à l’aube de la musique

les amours étranges du thérémine et du lutrin
cherchent toujours
à se faire du pied

je regarde Thierry
et ses mains qui dansent dans l’air
parfois le pincent ou semblent indiquer
quelques directions kabbalistiques
et il y a ce son vibrant
je me souviens des mouvements
des mains des danseuses indiennes
elles aussi semblaient dialoguer avec ailleurs
la beauté en suspension dans l’espace
serait ainsi révélée par quelques gestes mystérieux

 

la musique

Il est en elle une flamme miraculeuse,
En sa présence le reste s’estompe.
Elle seule parle avec moi
Quand les autres ont peur de m’approcher.
Quand le dernier ami a détourné ses yeux,
Elle a été avec moi dans ma tombe
Et elle a chanté comme le premier orage
Ou comme si toutes les fleurs se mettaient à parler.

Anna Akhmatova

la veillée

2 février 2018 § 3 Commentaires

2017 s’est terminé avec un 500ème article publié ici…
au moment du solstice… je remercie mes suiveurs fidèles pour leur foi
en la Beauté… en un ailleurs transcendé…
puis j’ai pris janvier pour me questionner sur la diffusion de mes dessins, de la direction de ma démarche…
le retour possible d’une nouvelle lumière…
je dis souvent qu’une des questions essentielles à se poser est :
« à quoi ça sert ? » …
tous ces mots… toutes ces images comme une litanie absurde… des yeux fatigués qui cherchent une révélation
et auxquels n’est toujours et encore proposé que d’acheter, d’acquérir, d’incorporer…
toujours plus… encore et encore…
de se développer, de s’améliorer, de se mettre à jour…
comment ?!! j’ai été mise au jour il y a longtemps…
de voyager, de découvrir, d’essayer… de réserver très vite…
je n’ai pas vu la grande muraille, je n’ai pas respiré cette rose à Damas…
ma pensée est alitée :
ce matin est apparu cette veillée…
dessinée sur un sachet de papier du magasin biologique…

Nostalgie sourde

je cherche un bahut de franchise autour de moi
tous les yeux se dérobent en cruelles œillades
j’ai le cœur qui va battant tel un aiglon blessé

Tâter le pouls de la race humaine
m’enrôler dans cette horde matérialiste
de clinquant et d’ordure
m’acclimater m’acclimater
mais j’ai peur que mon rire de flammèche encor vivace
décime détruise
crée au sein de ce bal chahutant
une esclandre de casseurs de veillée

Gemma Tremblay

Éteindre en nous ce feu
Qui mord, qui dévore?
Mais que faire d’autre
Sinon rallumer
Un feu autrement
Plus puissant, plus libre,
Charnel-aérien,
À l’image de
La flamme initiale,
Ne trahissant rien,
Ne réduisant rien,
Mais transformant tout
En veillée
nuptiale.

François Cheng

 

un remerciement tout particulier à Arbrealettres et son merveilleux lexique poétique où je trouve si souvent des mots pour dialoguer avec mes dessins…

Solstice d’hiver

21 décembre 2017 § 3 Commentaires

AU MILIEU DE L’HIVER

Une lumière blême
jaillit de mes habits.
Solstice d’hiver.
Des tambourins de glace cliquetante.
Je ferme les yeux.
Il y a un monde muet
il y a une fissure
où les morts passent la frontière
en cachette.

Tomas Tranströmer

le soleil pèse très peu
dans la balance.
la nuit n’a plus sommeil.

solstice d’hiver.

Katell Antoine

 

 

elle va revenir… il faut qu’elle revienne… jusqu’à ce que je la trouve en moi en n’importe quelle saison… sous le soleil comme dans l’obscurité profonde… en toute matière… en chaque pensée… c’est un souffle sans respiration… la matière du commencement

 

nue comme un flocon 

6 décembre 2017 § Poster un commentaire

dessiné dans le métro ce matin pour  #FATventCalendar … ce pourrait être Dorian Wood …

 

Qui sommes-nous ?

Qui sommes-nous vraiment, au plus intime de notre vacillement
Des grains d’étoiles jetés à l’orée du sens et du non-sens ?
De la poussière d’anciennes lunes en éclipse ?
Des copeaux de mémoires qui saignent ?
Des veilleurs aussi silencieux qu’intarissables ?
Des décrypteurs pulsant une même intensité d’altitude ?
Des voltigeurs d’extase ?

Pour celui qui n’a de cesse de recomposer son propre puzzle
en le tendant vers l’infini
le « qui suis-je » n’est plus une simple question,
mais un état, une implosion créatrice, une profession de foi.

Qui suis-je ?

Rien d’autre que le murmure polyphonique de cela.
Une onde en quête de droitures essentielles.

Zéno Bianu et André Velter

 

 

 

elle rêve encore … 

4 décembre 2017 § Poster un commentaire

saisie dans le métro ce matin… je ne peux voir son regard… de quoi rêve t’elle ? … elle ne s’occupe de personne ni même ne tente seulement de voir… un cocon humain… juste un battement de sac… j’ai la plume à la main et j’attrape vite encore un mystère…
de quoi rêve t’elle ?
une caresse humide… sans sexe défini… ambivalente et universelle… tendresse de gastéropode… lente et tiède… infinie

 

Décide-toi,
Escargot ! A demi chez toi,
Et moitié dehors !

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Make up your mind, Snail!
You arehalf inside your house,
And halfway out!

Richard Wright

 

 

la lune de l’Avent

3 décembre 2017 § Poster un commentaire

Pleine Lune

J’ai ouvert ma fenêtre
et la lune m’a souri
J’ai fermé ma fenêtre
et j’ai entendu un cri
J’ai ouvert ma fenêtre
pour voir tomber la pluie
Et comme c’était dimanche
je me suis rendormi

Philippe Soupault

avant l’Avent … et après ?

2 décembre 2017 § 1 commentaire

#FatventCalendar

très touchée par le témoignage dessiné de Lucie Larousse (cliquez ici) je participe à ma façon à son FATventCalender avec ce petit autoportrait à la fleur qui exprime tout le potentiel cosmique contenu en chacun de nous …  

 

Les dieux n’ont pas eu d’autre substance
que celle que j’ai moi-même.

J’ai, comme eux, la substance de tout ce qui a été vécu
et de tout ce qui reste à vivre.

Je ne suis pas seulement un présent,
mais une fugue torrentielle, de bout en bout.

Et ce que je vois, de part et d’autre, dans cette fugue
(avec des roses, des ailes brisées, de l’ombre et de la lumière)
n’appartient qu’à moi, souvenir et désirs
bien à moi, pressentiment, oubli.

Qui sait mieux que moi, qui,
quel homme ou quel dieu peut, a pu, ou pourra me dire à moi
ce que sont ma vie et ma mort, ce qu’elles ne sont pas ?

Si quelqu’un le sait, je le sais mieux que lui,
et si quelqu’un l’ignore, mieux que lui je l’ignore.

Une lutte entre cette ignorance et ce savoir,
voilà ma vie, sa vie, voilà la vie.

Passent des vents comme des oiseaux,
des oiseaux comme des fleurs,
des fleurs soleils et lunes,
des lunes soleils comme moi,
comme des âmes comme des corps,
des corps comme la mort et la résurrection ;
comme des dieux.

Et je suis un dieu sans épée,
sans rien de ce que font les hommes avec leur science ;
seulement avec ce qui est le fruit de la vie, ce qui change tout ;
oui, de feu ou de lumière, de lumière.

Pourquoi mangeons-nous et buvons-nous autre chose
que lumière ou feu ?

Si je suis né dans le soleil, et si de lui je suis venu ici dans l’ombre,
suis-je fait de soleil et comme lui ai-je le pouvoir d’éclairer ?

Ma nostalgie, comme celle de la lune,
est d’avoir été soleil d’un soleil un jour et de le refléter, sans plus, maintenant.

Passe l’iris en chantant comme moi.

Adieu iris, iris, nous nous reverrons,
car l’amour est un et seul
et il revient chaque jour.

***

Los dioses no tuvieron más sustancia
que la que tengo yo. Yo tengo, como ellos,
la sustancia de todo lo vivido
y de todo lo por vivir. No soy presente sólo,
sino fuga raudal de cabo a fin. Y lo que veo
a un lado y otro, en esta fuga,
rosas, restos de alas, sombra y luz,
es sólo mío,
recuerdo y ansia míos, presentimiento, olvido.
¿Quién sabe más que yo, quién puede,
ha podido, podrá decirme a mí
qué es mi vida y mi muerte, qué no es?
Si hay quien lo sabe,
yo lo sé más que ése, y si lo ignora,
más que ése lo ignoro.
Lucha entre este saber y este ignorar
es vida, su vida, y es la vida. Pasan vientos
como pájaros, pájaros igual que flores,
flores soles y lunas, lunas soles
como yo, como almas, como cuerpos,
cuerpos como la muerte y la resurrección,
como dioses. Y son un dios
sin espada, sin nada
de lo que hacen los hombres con su ciencia;
sólo con lo que es producto de lo vivo,
lo que se cambia todo; sí, de fuego
o de luz, luz. ¿Por qué comemos y bebemos
otra cosa que luz o fuego? Como yo he nacido
en el sol y del sol he venido aquí a la sombra,
¿sol del sol, como el sol alumbro?, y mi nostaljia,
como la de la luna, es haber sido sol
y reflejarlo sólo ahora. Pasa el iris
cantando como yo. Adiós iris, iris,
volveremos a vernos, que el amor
es uno solo y vuelve cada día.

Juan Ramón Jiménez

merci à arbrealettres mon grand pourvoyeur de poésie d’avoir publié ce poème exactement au bon moment …