incantations d’équinoxe 

22 septembre 2017 § 9 Commentaires

j’ai reçu une bicyclette, une chaise, une vieille valise en carton et quelques livres anciens jamais lus… et aussi un cahier à dessin avec des formes simples à remplir… en voici trois livrées pour l’équinoxe…

Celui qui rêve se mêle à l’air

Georges Schehadé

En rêve

La séparation noire, définitive
Je la subis tout comme toi.
Comment, tu pleures ? Donne-moi plutôt la main.
Promets-moi de revenir en rêve.
Pour nous deux, c’est comme pour les montagnes,
Pour nous deux, nulle rencontre ici-bas.
Puisses-tu seulement, à minuit,
Me faire signe par-delà les étoiles.

Anna Akhmatova

Life is a Witch 

3 septembre 2017 § 6 Commentaires

une déesse inopinée nécessaire à dimanche soir …

pour Manouche

Divinité

Déesse aux yeux d’or brun, clos ta paupière rose,
Fais des songes d’amour ; que ton sommeil soit doux ;
Que le rêve lointain comme un rayon se pose
Sur ton front languissant et sur tes cheveux flous.

Je voudrais être la nuit, afin de t’étreindre,
Je voudrais te presser sur mon coeur frémissant,
Entendre ton sanglot voluptueux se plaindre
Et retenir l’amour qui sourit en passant.

Renée Vivien

apparitions au café

20 août 2017 § 4 Commentaires

avec ce dimanche matin comme un parfum de souffre …

 

 

 

 

 

 

 

il me semble que quelqu’un me regarde…

Le café c’est un nuage à l’ombre plein de voix
Où le passant se glisse entre l’odeur et le froid
Contre la glace éteinte les têtes se retournent
La nuit suit son chemin
Mais quelqu’un s’en détache et entre
Toutes les têtes se retournent pour deviner le nom
approximatif de ce nouveau visage

Pierre Reverdy

la fenêtre

10 août 2017 § 6 Commentaires

après une exposition mirage dans un vestige enchanteur, me voici en repérage dans une ancienne demeure… je reste sur la terrasse et je regarde la façade du bâtiment d’à côté… une fenêtre m’appelle… il y a comme une présence en friche… le lieu en transformation semble porteur de plein d’idées, d’envies, des graines mélangées qui donneront bientôt un vrai jardin…

 

Le Monde est un jardin

Le monde est un jardin de plaisir et de mort,
Où l’ombre sous les bleus feuillages semble attendre,
Où la rose s’effeuille avec un bruit de cendre,
Où le parfum des lys est volontaire et fort.

Parmi les lys nouveaux et les roses suprêmes,
Nous mêlons nos aveux à d’antiques sanglots…
Le monde est le jardin où tout meurt, les pavots
Et les sauges et les romarins et nous-mêmes.

Des rires sont cachés partout ; l’on sent courir
Au ras du sol les pieds invisibles des brises,
Et nous nous promenons dans ce jardin, éprises
Et ferventes, sachant que nous devons mourir…

Nous allons au hasard de nos rêves, j’effleure
Ton col, et tes yeux sont comme un lac endormi.
Le soleil nous regarde avec des yeux d’ami,
Et nous ne songeons point à la fuite de l’heure.

Nous marchons lentement et notre ombre nous suit…
Le vent bruit avec un long frisson de traîne…
Nous qui ne parlons pas de notre mort certaine,
Avons-nous oublié l’approche de la nuit ?…

Renée Vivien

c’est pour qui ?

8 août 2017 § 2 Commentaires

 

pour Marie …

Les esprits dansent —
ne reste pas
à mi-distance

Zéno Bianu

 

pourquoi créer

7 août 2017 § 4 Commentaires

Quel que soit son domaine de création,
le véritable esprit créatif n’est rien d’autre que ça :
une créature humaine née anormalement, inhumainement sensible.
Pour lui, un effleurement est un choc, un son est un bruit, une infortune est une tragédie,
une joie devient extase, l’ami un amoureux, l’amoureux est un dieu,
et l’erreur est la fin de tout.

Ajoutez à cet organisme si cruellement délicat l’impérieuse nécessité de créer, créer, et encore créer
– au point que sans la possibilité de créer de la musique, de la poésie, des livres, des édifices,
ou n’importe quoi d’autre qui ait du sens, il n’a plus de raison d’être.

Il doit créer, il doit se vider de sa créativité.
Par on ne sait quelle étrange urgence intérieure, inconnue,
il n’est pas vraiment vivant à moins qu’il ne soit en train de créer.

……………………………….

The truly creative mind in any field is no more than this :
A human creature born abnormally, inhumanly sensitive.
To him… a touch is a blow, a sound is a noise, a misfortune is a tragedy,
a joy is an ecstasy, a friend is a lover, a lover is a god,
and failure is death.

Add to this cruelly delicate organism the overpowering necessity to create, create, create
— so that without the creating of music or poetry or books or buildings
or something of meaning, his very breath is cut off from him.

He must create, must pour out creation.
By some strange, unknown, inward urgency
he is not really alive unless he is creating.

Pearl Buck

Emily sous l’arbre de Paul

6 août 2017 § 3 Commentaires

dessiné dans le train à grande vitesse sur l’emballage de ma baguette poulet salade… s’échapper du wagon poulailler mais comment ?… saisir mon crayon baguette magique… transformer la formule prête à manger… ne reste que l’arbre intérieur car ceux dehors passent trop vite… Emily pourra venir s’y reposer… je l’ai rencontrée à mon retour et une telle présence rend possible toute révélation… 

« 

Elle est comme la Lumière – Délice
Sans artifice –
Mélodie sans âge – à l’oreille –
Comme l’Abeille –

Elle est comme les Forêts – secrète –
Sans phrases – comme la Brise –
Mais elle agite
Les Arbres les plus fiers –

Elle est comme le Matin – parfaite –
Une fois accomplie –
Et que l’Horloge Eternelle –
Carillonne – Midi!

»                                                    Emily Dickinson

Qui n’a pas – ici-bas – trouvé le Paradis
En haut ne le trouvera pas plus –
Car les Anges louent la Maison suivant la nôtre,
Que nous déménagions n’importe où –

………………

Who has not found the Heaven – below –
Will fail of it above –
For Angels rent the House next ours,
Wherever we remove –

Emily Dickinson

Nos vies sont Suisses –
Si calmes – si Tièdes –
Mais un après-midi étrange
Les Alpes oublient leurs Voilages
Et nous voyons plus loin!

L’Italie est là-bas!
Mais toujours faisant le guet –
Les Alpes graves –
Les Alpes fatales
En interdisant l’accès!

Emily Dickinson

Emily Dickinson a passé ses jours et ses nuits dans la prunelle de Dieu :
invisible et voyant tout.          Christian Bobin