mater dolorosa

23 juin 2019 § 2 Commentaires

mater dolorosa
gelée à la rose
perdre ma mère n’est pas un thème pour la chanson
perdre sa mère
comment le peut-on?
sous la lune
en perpétuelle gestation
le temps a craché des mots incompréhensibles
dont le poète s’est saisi
tu semblais là
es-tu partie?
le vide n’a jamais semblé aussi plein d’impossibles questions
ce soir ma peine se soigne à l’essence de rose
dans le jardin éternel
tu reposes
poème et dessin de Catherine Jan dite Kajan

chanson à la rose par Kajan(c)

à la radio

31 mai 2019 § Poster un commentaire

un dessin rencontre
réalisé pendant un entretien accordé à Justin Müller
à l’occasion d’aperti XIII
et diffusé dans l’émission de radio Versus sur Espace 2
https://www.rts.ch/play/radio/versus/audio/aperti-le-temps-de-latelier-22?id=10485073

le texte d’où sortent les mots :

Le livre de l’intranquillité de Bernardo Soares ( Fernando Pessoa )

Combien de Césars j’ai été !

La vie se ramène pour nous à ce que nous sommes capables d’en concevoir. Aux yeux du paysan, pour lequel son champ est tout au monde, ce champ est un empire. Aux yeux de César, pour qui son empire est encore peu de chose, cet empire n’est qu’un champ. Le pauvre possède un empire ; le puissant possède un champ. En fait, nous ne possédons jamais que nos impressions ; c’est donc sur elles, et non sur ce qu’elles perçoivent, que nous devons fonder la réalité de notre existence.

(Ceci ne me vient à propos de rien en particulier.)

J’ai beaucoup rêvé. Je suis lassé d’avoir tant rêvé, mais non point de rêver. Rêver, voilà ce dont nul ne se lasse, car c’est oublier, et l’oubli ne nous pèse pas, c’est un sommeil dépourvu de songes, pendant lequel nous demeurons éveillés. En rêve, j’ai tout obtenu. Je me suis réveillé aussi, mais qu’importe ? Combien de Césars n’ai-je pas été ! Et les plus glorieux, quels hommes médiocres ! César, sauvé de la mort par la générosité d’un pirate, fait crucifier ce même pirate dès qu’il a réussi, après bien des recherches, à mettre la main sur lui. Napoléon, rédigeant son testament à Sainte-Hélène, stipule un legs en faveur d’un bandit qui avait tenté d’assassiner Wellington. O grandeurs, si semblables aux grandeurs d’âme de ma voisine borgne ! Ô grands hommes, dignes d’une cuisinière de l’autre monde ! Combien de Césars ai-je déjà été, et rêve encore d’être ?

Combien de Césars, oui, mais jamais pour de bon. Je n’ai été véritablement impérial qu’autant que je rêvais, et c’est pourquoi je n’ai jamais rien été ! Mes armées, certes, ont connu la défaite, mais une défaite moelleuse à souhait, et personne n’y fut occis. Je n’y ai perdu aucun étendard : je n’ai pas rêvé mes armées au point de faire apparaître leurs drapeaux à mon regard, car le rêve se heurte toujours à un tournant… Combien de Césars n’ai-je pas été, ici même, dans ma Rua dos Douradores. Et les Césars que j’ai été vivent toujours dans mon imagination ; mais les Césars qui ont vécu réellement sont morts aujourd’hui, et la Rua dos Douradores, autrement dit la Réalité, ne peut plus rien en connaître.

Je jette ma boîte d’allumettes, vide à présent, dans cet abîme de la rue, au-delà de l’appui de ma fenêtre dépourvue de balcon. Je me redresse sur ma chaise, et j’écoute. Nettement, comme si elle signifiait quelque chose, la boîte d’allumettes vide résonne sur la chaussée qui s’annonce ainsi déserte. Aucun autre son, sauf ceux de la ville entière. Oui, les sons de la ville d’un dimanche tout entier, si nombreux, sans se concerter, mais tous justes.

Que peu de chose, dans le monde réel, suffit pour former la base de nos réflexions les plus profondes : être arrivé en retard pour mon déjeuner, avoir trouvé ma boîte d’allumettes vide, l’avoir jetée dans la rue, à titre individuel, avoir éprouvé de la mauvaise humeur à cause d’un repas pris à une heure indue ; et que ce soit dimanche, aérienne promesse d’un couchant raté, et n’être personne en ce bas monde — et puis la métaphysique tout entière. Mais combien de Césars j’ai été !

la cueilleuse

15 mai 2019 § Poster un commentaire

« la déesse des cueilleuses de fraises »
est apparue dans un cageot de fraises d’Espagne
en hommage aux femmes qui travaillent si dur
en tant que saisonnières agricoles…  

la cueilleuse par Kajan(c)

extrait de France Info du 8 février 2018 :

«Pendant environ cinq mois, ces ouvrières vont vivre en terre inconnue, séparées de leurs enfants et accomplissant un travail physiquement exigeant avec un seul objectif en tête: gagner le plus d’argent possible pour retourner au Maroc et aider à soutenir leurs familles», détaille Le Desk. 

Selon l’agence de presse espagnole EFE, 13.000 femmes, principalement issues du milieu rural marocain défavorisé, faisaient la queue cette semaine dans cinq villes du Maroc dans l’espoir de décrocher un emploi de saisonnier dans la récolte de fraises à Huelva, dans le sud de l’Espagne. Selon le site Huelva informacion, cité par Espacemre, la demande des producteurs serait de 16.000 saisonnières et non de 13.000. 

La préférence irait vers les mères de famille pour garantir le retour au pays à l’expiration du contrat. Le salaire brut journalier des ouvrières agricoles marocaine, en 2016, était de 39,48 euros. Elles perçoivent le même salaire que les travailleuses issues d’autres pays, notamment des pays de l’Est membres de l’UE, comme la Roumanie. Les Espagnols délaissent de plus en plus les emplois saisonniers, jugés trop pénibles, au profit des Marocains, Roumains ou Équatoriens. (…)

dérive
rien ne semble s’être méfait
la paysanne
à qui l’on vient de refuser
le troc de ses œufs
n’a même pas l’air triste
et ceux qui dans la boutique
détournent le regard
ignorent encore
qu’ils dérivent aussi
vers la même lésion du temps
Hédi Kaddour

présentées à Aperti XIII le 18 et 19 mai 2019

plus de détails sur www.aperti.ch

table de nuit

2 mai 2019 § 3 Commentaires

c’est la première fois que je tatoue un meuble …
juste à côté du lit cette petite table de nuit avait été parée autrefois d’un système de protection avec fermeture renforcée contre de petits doigts aventureux … les doigts ont grandi … la drôle de porte avait envie d’une nouvelle histoire … 

Ce que dit le Rosier

Je parlais au rosier dans un beau soir perdu ;
Et voici ce que le rosier m’a répondu :
Pourquoi briser ainsi mon rêve
De terre grasse et de paix brève ?

Ayant su l’écouter alors je reconnus
Que ces mots étaient vrais… Je partis, les pieds nus.
Car en ce monde où la fatigue se prolonge,
Chacun sait que rien n’est si parfait que le songe.

Renée Vivien

 

à respirer tant de roses sans penser aux épines … pour Serge

recueil

13 avril 2019 § 3 Commentaires

ou le voyage des vanités

 

 

ce carnet a été réalisé d’un trait en une soirée
puis il est parti aux Philippines…

CE QUI VA ET VIENT

D’où (lentement) vient ce qui vient ?
D’où émerge ce qui s’élève ?
D’où sort vivement ce qui veut,
ce qui veut être et veut être visible ?

J’assiste je ne sais pas
qui voit qui est vu qui gronde qui se tait
qui demeure qui se disperse
brille par ici s’éteint là-bas

Ce qui veut être
est-ce moi qui ne suis plus ?
Ce qui est tenu n’est pas entendu
Ce qui devait venir nest pas venu
Ce peu de chose n’est rien.

Mais l’ombre et la lumière (que je connais bien)
tournent autour l’un de l’autre
formant au regard maints objets pleins
par exemple le silence d’une plante
par exemple le poids d’une pierre
ou un simple mouvement
qui va qui s’éloigne qui revient
pendant que je me tiens debout

Quelquefois je marche et ne dis rien.

Jean Tardieu

printemps

21 mars 2019 § 2 Commentaires

c’est le printemps

le broyage des poussins vivants doit être interdit

je viens de le lire

qui peut bien broyer des poussins ?

parfois je broie du noir

je ne crois pas qu’à l’intérieur se cache aucun poussin

j’espère

je crois que ce monde parfois essaie de me broyer

je ne suis pas un poussin

c’est le printemps

                  Catherine Jan dite Kajan

Goodbye ma jeunesse

26 février 2019 § 2 Commentaires

 

⭐️
le seul ordre que je connaisse est un chaos poétique
je l’accepte
je l’accueille
il est l’écho d’un rivage enchanteur que ce monde a oublié depuis longtemps
et vogue ma barque
vers l’inconnu infini et doux
loin de tout

à Mark Hollis