effroi
27 janvier 2017 § 3 Commentaires
dessiné au crayon gris inopinément ce matin dans le métro…
– » est-ce qu’il pourrait y avoir une troisième guerre mondiale ? … j’ai rêvé qu’il y avait des combats dans la rue en-bas … »
je la regarde … je réfléchis … que lui dire au juste ? … comment répondre avec honnêteté ?
– » pas besoin de compter … dans ce monde il y a toujours eu la guerre… «
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Pendant la guerre
(la mondiale)
nous vivions. Déjà.
On colore de vieux films d’elle
mais l’odeur des ruines
on ne peut la représenter
suffocante.
Mais la faim ne crie pas aux entrailles du spectateur.
C’est comme l’histoire d’une antiquité très ancienne
Qu’un érudit raconterait
à des gens dont le corps, le corps n’est pas
ne peut pas être
de la partie.
Marie-Claire Bancquart
moléculaire quotidien
24 janvier 2017 § 1 commentaire
dessinés dans le métro aujourd’hui…
loin de l’idée du rendez-vous, de l’échéance, de la course effrénée des secondes, de la prochaine station, du dernier coup de frein… il me vient une vision, une sensation que nos amas moléculaires se côtoient comme se fréquentent les galaxies… je suis juste suspendue entre le premier mouvement et l’anti-matière… plus rien ne peut être plus important que de danser la danse du cosmos…
un silence d’une multitude d’étincelles… une impression de rien profond…
un regard ultime sur la fenêtre de mon fantasme infini…
2017 un bonheur simple comme …
16 janvier 2017 § 4 Commentaires
2017 … un bonheur simple comme un petit café …
parce qu’un de mes bonheurs simples est de descendre en-bas de chez moi boire un « cafezinho » et parfois de réinterpréter le sachet de sucre …
Ici
on cherche toujours quelque chose
dans les cafés, les églises, les places
et jusque dans les poubelles
on cherche en l’autre, en soi
dans la cohue des trottoirs
l’accalmie des ponts
dans l’eau stagnante des fontaines
et sur les bancs indiscrets
on cherche en bas, en haut, devant soi
un ticket de métro
une terre ou une femme perdues
un livre qu’on lira
sur un lit d’hôpital ou en prison
une chanson sans titre
un ouvre-boîtes solide
un oiseau qui ne chante que de nuit
On cherche
un regard qui fera basculer sa vie
un graffiti à soi seul adressé
un heurtoir arabe sur une porte italienne
une carte postale qu’on a envoyée il y a vingt ans
et que le destinataire a revendue
avec la date de sa mort inscrite dessus
Abdellatif Laâbi
2017 … un bonheur simple comme l’heure du thé
» Le premier bol humecte onctueusement mes lèvres et ma gorge.
Le deuxième bannit toute ma solitude.
Le troisième dissipe la lourdeur de mon esprit, affinant l’inspiration acquise par tous les livres que j’ai lus.
Le quatrième produit une légère transpiration, dispersant par mes pores les afflictions de toute une vie.
Le cinquième purifie tous les éléments de mon être.
Le sixième m’inscrit dans la race des Immortels.
Le septième est le dernier… je ne puis boire davantage. Une brise légère sort de mes aisselles »
LU TUNG
l’oiseau du retour
5 janvier 2017 § 5 Commentaires
dessiné dans le train qui me ramène de Paris … hommage aux splendides oiseaux dramatiques rencontrés à l’exposition fascinante de Jean-Luc Verna au MacVal …
Like a bird on the wire,
like a drunk in a midnight choir
I have tried in my way to be free.
Like a worm on a hook,
like a knight from some old fashioned book
I have saved all my ribbons for thee.
If I, if I have been unkind,
I hope that you can just let it go by.
If I, if I have been untrue
I hope you know it was never to you.
Like a baby, stillborn,
like a beast with his horn
I have torn everyone who reached out for me.
But I swear by this song
and by all that I have done wrong
I will make it all up to thee.
I saw a beggar leaning on his wooden crutch,
he said to me, « You must not ask for so much. »
And a pretty woman leaning in her darkened door,
she cried to me, « Hey, why not ask for more? »
Oh like a bird on the wire,
like a drunk in a midnight choir
I have tried in my way to be free.
Leonard Cohen
un signe au tournant de l’année
31 décembre 2016 § Poster un commentaire
j’ai découvert Aslı Erdoğan grace à Tieri Briet lorsqu’elle a été emprisonnée et menacée de perpétuité pour collaboration terroriste… j’ai lu ses textes qui m’ont inspirée… c’est une écrivaine puissante dont les mots font jaillir des images sur mon papier à dessin… ce dessin-là je voulais le lui envoyer en prison… c’est ainsi que je l’imaginais attendre le jour de sa libération… là voici libérée sous conditions… une note d’espoir au tournant de cette année…
extrait du Courrier International du 30 décembre 2016 :
L’écrivaine turque a passé 132 jours derrière les barreaux. Accusée de “propagande terroriste”, elle risque toujours la prison à vie.
Je suis une écrivaine, ma raison d’être est de raconter”, avait clamé Aslı Erdoğan face à ses juges à Istanbul, jeudi 29 décembre.
Quelques heures plus tard, l’auteure était autorisée à quitter sa prison après 132 jours de détention provisoire pour “propagande terroriste”, rapporte le site Hürriyet Daily News. Aslı Erdoğan (49 ans) comparaissait aux côtés de huit journalistes et intellectuels, mis en cause comme elle pour avoir collaboré au journal prokurde Özgür Gündem. La publication a été “fermée (depuis) en raison de ses liens supposés avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK)”.
Tous les prévenus emprisonnés ont été remis en liberté provisoire, à l’exception du journaliste İnan Kızılkaya, qui reste incarcéré. “On m’accuse d’être membre d’une organisation terroriste sur la seule base que mon nom apparaît dans l’ours du journal”, avait dénoncé Erdoğan, dont la comparution a reçu un fort écho dans la presse internationale.
Le sort de la romancière demeure incertain malgré sa libération. Sous contrôle judiciaire, elle et ses coaccusés risquent toujours la prison à vie. Une nouvelle audience doit se tenir le 2 janvier.
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Justice et liberté,
Frères ne dites pas
Que l’aurore brille devant nous.
Justice et liberté
Frères osez
Demain nous rosserons le Diable à mort.
Venus des montagnes,
Montés des vallées,
Traînez le poids au pied :
Justice et liberté
Frères ne posez pas de questions
Nous seuls sommes le tribunal du monde.
Vastes terres,
Rues étroites,
Frères, c’est notre foulée.
Pleurer, rire,
Aimer, haïr,
Nous entraînons tous les dieux avec nous.
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Recht und Freiheit,
Brüder sagt nicht
Vor uns scheint das Morgenrot.
Recht und Freiheit
Brüder wagt es
Morgen schlagen wir den Teufel tot.
Von den Bergen,
Aus den Tälern,
Schleppt am Fuß das Bleigewicht:
Recht und Freiheit
Brüder fragt nicht
Wir nun sind das Weltgericht.
Weite Lnder,
Enge Gassen,
Brüder, das ist unser Schritt.
Weinen, Lachen,
Lieben, Hassen,
Alle Götter ziehn wir mit.
Hannah Arendt
tache
27 décembre 2016 § Poster un commentaire
le cœur de Noël
25 décembre 2016 § 2 Commentaires
Ce vide au cœur de l’amour est une chose merveilleuse,
il n’existe pas pour être comblé, c’est lui qui comble.
Comme la musique aboutit au silence,
tout tend vers cet instant où les mains tombent.
Plus rien à donner, plus rien à prendre.
Le monde est perçu en son origine,
et le temps n’est qu’un rêve de l’espace.
Heather Dohollau
pour Gisèle
papiers ruminés
12 décembre 2016 § 2 Commentaires
aperçus de mon travail en cours ( voir dessins mâchés ) dans l’atelier bourguignon … des dessins sur des formes préfabriquées … tentative poétique désespérée quand le but premier de l’objet est de décorer … de remplir le gouffre vertigineux de l’ennui ménager …
Sur le papier tout dort…
…Neige de l’être
Qui fond
Où les couleurs affleurent
Errements de l’œil
Sur les pentes du visible
Bleu du ciel
Se posant dans un souffle
Sur le corps de la beauté…
Heather Dohollau chez Arbrealettres
There is a need for a reader for a gesture for a piece of paper
For a mirror You are face my leaf my indentation
I am the cloth so that you can be your void The surface
So that the hand rumples The fjord where the water hones itself
Root where the ground shudders Your white my black
The hollow for my difficulty the white so that I may be
This drawing that I would not be You are skin for
My alphabet I was the air so that you will not congest
Aveolus so that you may be arcade
Michel Deguy
l’énergie du temps
29 novembre 2016 § 4 Commentaires
une version plus rouge de ce dessin inspiré par Emma Kunz se trouve dans notre calendrier …
avant, j’étais une planète
avec une atmosphère dense, bien à elle.
Les rayons du dehors s’y brisaient en arcs-en-ciel.
Des orages permanents faisaient rage là-dedans, là-dedans.
Maintenant, je suis éteint et sec et ouvert.
Je n’ai plus à présent l’énergie de l’enfance.
J’ai un côté brûlant et un côté glacé.
Plus d’arcs-en-ciel.
Tomas Tranströmer
me laissant ses yeux
26 novembre 2016 § 2 Commentaires
encore un texte d’Aslı Erdoğan, femme écrivain emprisonnée à Istanbul depuis plus de 90 jours …
Autrefois, j’ai aimé quelqu’un. Il est parti en me laissant ses yeux. Il n’avait personne à me laisser. Aimer… Ce mot-là, je l’ai trouvé en fouillant dans mon cœur, en sondant inlassablement ces épaisses ténèbres. Mais personne ne m’a dit que « chacun tue celui qu’il aime » ! Nous étions ensemble dans l’édifice de pierre. J’ai longtemps prêté l’oreille aux bruits. Quand mon tour est venu, le jour n’était pas encore levé. Bien sûr, vous ne me croyez pas. Vous pensez que ce bâtiment est issu de mon rêve ? Mais nos rêves ne sont-ils pas le levain de la pâte dont nous sommes pétris ? Finalement, l’aube va naître, des trainées rouge sang vont apparaître à l’horizon… Dans le ciel tendu, terne, tout plat, les étoiles vont se solidifier et disparaître l’une après l’autre. La dernière laissera pendre une corde vers le bas, vers nous. Ta nuit muette, tes mots coupés en deux et ensanglantés, tes ombres errantes, privées de leur maître, tes rêves couleur de cœur dont personne ne veut, tes mots ailés vont pouvoir y grimper… Tous tes rêves, venus vivre parmi nous et repartis sans crier gare, vont pouvoir se hisser vers les profondeurs… Dans les tréfonds où se perdent tout homme et toute chose… Mais vous ne m’entendez pas ? J’aurais peut-être dû faire mon récit au passé. J’ai attaqué ma chanson dans le mauvais sens, par la mauvaise note.
extrait du Bâtiment de pierre d’ Aslı Erdoğan (Taş Bina ve Diğerleri)
Vous pouvez écrire à Asli Erdogan en prison, pour la soutenir, pour matérialiser cet intérêt international par un courrier abondant :
Sayin Asli ERDOGAN
Bakırköy Kadın Kapalı Cezaevi C 9 Koğuşu
Bakırköy İstanbul
(TURQUIE)











