la fenêtre
10 août 2017 § 6 Commentaires
après une exposition mirage dans un vestige enchanteur, me voici en repérage dans une ancienne demeure… je reste sur la terrasse et je regarde la façade du bâtiment d’à côté… une fenêtre m’appelle… il y a comme une présence en friche… le lieu en transformation semble porteur de plein d’idées, d’envies, des graines mélangées qui donneront bientôt un vrai jardin…
Le Monde est un jardin
Le monde est un jardin de plaisir et de mort,
Où l’ombre sous les bleus feuillages semble attendre,
Où la rose s’effeuille avec un bruit de cendre,
Où le parfum des lys est volontaire et fort.
Parmi les lys nouveaux et les roses suprêmes,
Nous mêlons nos aveux à d’antiques sanglots…
Le monde est le jardin où tout meurt, les pavots
Et les sauges et les romarins et nous-mêmes.
Des rires sont cachés partout ; l’on sent courir
Au ras du sol les pieds invisibles des brises,
Et nous nous promenons dans ce jardin, éprises
Et ferventes, sachant que nous devons mourir…
Nous allons au hasard de nos rêves, j’effleure
Ton col, et tes yeux sont comme un lac endormi.
Le soleil nous regarde avec des yeux d’ami,
Et nous ne songeons point à la fuite de l’heure.
Nous marchons lentement et notre ombre nous suit…
Le vent bruit avec un long frisson de traîne…
Nous qui ne parlons pas de notre mort certaine,
Avons-nous oublié l’approche de la nuit ?…
Renée Vivien
pourquoi créer
7 août 2017 § 4 Commentaires

Quel que soit son domaine de création,
le véritable esprit créatif n’est rien d’autre que ça :
une créature humaine née anormalement, inhumainement sensible.
Pour lui, un effleurement est un choc, un son est un bruit, une infortune est une tragédie,
une joie devient extase, l’ami un amoureux, l’amoureux est un dieu,
et l’erreur est la fin de tout.
Ajoutez à cet organisme si cruellement délicat l’impérieuse nécessité de créer, créer, et encore créer
– au point que sans la possibilité de créer de la musique, de la poésie, des livres, des édifices,
ou n’importe quoi d’autre qui ait du sens, il n’a plus de raison d’être.
Il doit créer, il doit se vider de sa créativité.
Par on ne sait quelle étrange urgence intérieure, inconnue,
il n’est pas vraiment vivant à moins qu’il ne soit en train de créer.
……………………………….
The truly creative mind in any field is no more than this :
A human creature born abnormally, inhumanly sensitive.
To him… a touch is a blow, a sound is a noise, a misfortune is a tragedy,
a joy is an ecstasy, a friend is a lover, a lover is a god,
and failure is death.
Add to this cruelly delicate organism the overpowering necessity to create, create, create
— so that without the creating of music or poetry or books or buildings
or something of meaning, his very breath is cut off from him.
He must create, must pour out creation.
By some strange, unknown, inward urgency
he is not really alive unless he is creating.
Pearl Buck
Emily sous l’arbre de Paul
6 août 2017 § 3 Commentaires
dessiné dans le train à grande vitesse sur l’emballage de ma baguette poulet salade… s’échapper du wagon poulailler mais comment ?… saisir mon crayon baguette magique… transformer la formule prête à manger… ne reste que l’arbre intérieur car ceux dehors passent trop vite… Emily pourra venir s’y reposer… je l’ai rencontrée à mon retour et une telle présence rend possible toute révélation…
«
Elle est comme la Lumière – Délice
Sans artifice –
Mélodie sans âge – à l’oreille –
Comme l’Abeille –
Elle est comme les Forêts – secrète –
Sans phrases – comme la Brise –
Mais elle agite
Les Arbres les plus fiers –
Elle est comme le Matin – parfaite –
Une fois accomplie –
Et que l’Horloge Eternelle –
Carillonne – Midi!
» Emily Dickinson
Qui n’a pas – ici-bas – trouvé le Paradis
En haut ne le trouvera pas plus –
Car les Anges louent la Maison suivant la nôtre,
Que nous déménagions n’importe où –
………………
Who has not found the Heaven – below –
Will fail of it above –
For Angels rent the House next ours,
Wherever we remove –
Emily Dickinson
Nos vies sont Suisses –
Si calmes – si Tièdes –
Mais un après-midi étrange
Les Alpes oublient leurs Voilages
Et nous voyons plus loin!
L’Italie est là-bas!
Mais toujours faisant le guet –
Les Alpes graves –
Les Alpes fatales
En interdisant l’accès!
Emily Dickinson
Emily Dickinson a passé ses jours et ses nuits dans la prunelle de Dieu :
invisible et voyant tout. Christian Bobin
dormir … penser … rêver
30 juin 2017 § 4 Commentaires
impressions fugaces pendant la préparation de l’exposition d’Avigneau …
Fragment basaltique
Chu
d’un haut désastre
Chu du rêve lunaire
Dont nous sommes longtemps
sevrés
Intact là
Tout le champ sidéral
Intacte la nuit originelle
Mille cristaux
Irradiant d’émeraude
Restituant un coeur qui bat
Nôtre
François Cheng
la sourcière
26 juin 2017 § Poster un commentaire
Où demeurent les sources
J’ai lancé ma pierre dans l’inconnu
contre les vitres de la nuit, dans le jardin des mots
plus affûtés que l’herbe sous la rosée des larmes
offertes au néant. J’ai connu la parade des corps amoureux
et caressé la vague claire qui dépose à brassée
ses paroles légères comme braise d’un feu
qui n’en finit pas de s’éteindre à l’approche des matins.
J’ai vu le dos luisant des rêves échoués comme blocs
erratiques dans le courant qui marque le passage
de la nuit au jour, sitôt dispersées les eaux profondes
du sommeil dans un flot d’images muettes.
Alain Fabre-Catalan
le boxeur
17 juin 2017 § 2 Commentaires
dessiné ce matin dans la pénombre au stylo-bille… en écoutant une histoire de corde qui casse et de rencontre dans le noir… Léo nous explique comment il cherche à trouver la détermination consciente…
I am just a poor boy
Though my story’s seldom told
I have squandered my resistance
For a pocketful of mumbles
Such are promises
All lies and jest
Still, a man hears what he wants to hear
And disregards the rest
When I left my home and my family
I was no more than a boy
In the company of strangers
In the quiet of a railway station
Running scared
Laying low, seeking out the poorer quarters
Where the ragged people go
Looking for the places only they would know
Lie-la-lie…
Asking only workman’s wages
I come looking for a job
But I get no offers
Just a come-on from the whores on Seventh Avenue
I do declare there were times when I was so lonesome
I took some comfort there
La-la-la-la-la-la
Lie-la-lie…
Then I’m laying out my winter clothes
And wishing I was gone
Going home
Where the New York City winters aren’t bleeding me
Leading me
To going home
In the clearing stands a boxer
And a fighter by his trade
And he carries the remainders
Of every glove that laid him down
And cut him till he cried out
In his anger and his shame
“I am leaving, I am leaving”
But the fighter still remains
Still remains
Lie-la-lie…
deux cœurs sur un tabouret
27 avril 2017 § Poster un commentaire
présence en chaque chose
4 avril 2017 § 7 Commentaires
le désespoir serait-il appel à poésie ? chaque instant quotidien me pousse vers une révélation… vers une vision qui guérit de tout…
Il n’y a que de petits miracles quotidiens,
des illuminations,
des allumettes allumées subitement
dans l’obscurité
Virginia Woolf
l’immense quotidien roulé dans l’iris
un matin
d’orchidées trouvées
Nicole Brossard
Quotidiennes
Voici que dans cette journée
Le ciel d’azur proclame
Qu’il va s’ouvrir,
Que nous allons voir
Ce dont nous ne savons
Rien que l’existence,
Que ce sera la grande révélation,
L’éblouissement où nos profondeurs
Se laisseront dévoiler
Et nous vivrons alors
Selon ce désir fou
Qui est en nous –
Cela s’annonce tous les jours
Et chaque jour nous espérons
Que ce sera pour aujourd’hui.
Guillevic
les beaux mots ont été glanés sous l’arbrealettres…
laisse le printemps te prendre
20 mars 2017 § Poster un commentaire
Le printemps est là, superbe!
Il est là, le printemps, le superbe printemps!
De longs bateaux légers, le vieux Danube rêve.
Il est là, le printemps, le printemps plein de sève!
Entends…
Et vois le vent d’avril qui roule et qui soulève
Les senteurs de nos prés. Avec elles, joyeux,
Le vent joue au cerceau. Sens-tu son allégresse?
Dis-le! Sais-tu ce que je veux?
Il me faudrait une maîtresse
Sous le venteux éveil,
Une maîtresse au souffle frais, vermeil,
A la carnation de perce-neige.
« Etreins-moi, Belle Biche! Encore! » lui dirai-je.
Chaque enfant est un rire au savoureux solfège.
II est là, le printemps,
Le joyeux cri du ciel! Entends!
II est venu, dis-tu, plus tôt que de coutume?
L’hiver aurait-il existé?
Il n’a jamais été!
Avant de naître, il fut posthume!
Eclose ton grand cœur! Jaillissent les bourgeons
Issus de nos poumons!
Monte le vent d’avril plus léger que la plume!
Attila Jozsef
trouvé chez Arbralettres à qui je souhaite un printemps foisonnant et léger…
dessiné dans le métro aujourd’hui … sève d’équinoxe … vert salvateur et régénérant … douce fraîcheur


















