atlas
25 février 2016 § 1 commentaire
dessiné dans le tgv en rentrant de Bourgogne ce soir… je suis Atlas… de plus en plus conscient de ce monde et de ses contours, de tous les habitants qui le peuplent… et de son poids…
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En étrange pays
Tu étais là présente parfois double,
En ce pays du jamais revenu
Atlas sans méridien Zone inconnue
Temps sans passé Temps qui n’est plus qu’eau trouble.
Tu étais là. Ramenée en arrière
D’une mer amputée de littoral.
Tu gouvernais ton navire amoral
Vers l’au-delà des vies aventurières.
Tu étais là. Je ne sais depuis quand
De ta mémoire émargée. Péninsule
Où nous étions exilés, nous Consuls
Très surveillés d’au-dessous le volcan.
C’était la zone extrême dévolue
Aux animaux d’une ancienne mémoire
Qui surgissaient portant sur eux les moires
D’une autre mer, d’un monde révolu.
Un soleil maigre à jambes d’antilope
S’imprimait sur le sable à pas légers
Mais tu fuyais de ce site étranger
Comme traquée par son œil de cyclope.
Charles Dobzynski …trouvé chez arbrealettres
le square
20 février 2016 § 2 Commentaires
dessiné inopinément en hommage à Julien et sa cyclopitude…
Le désespoir est assis sur un banc
Dans un square sur un banc
Il y a un homme qui vous appelle quand on passe
Il a des binocles un vieux costume gris
Il fume un petit ninas il est assis
Et il vous appelle quand on passe
Ou simplement il vous fait signe
Il ne faut pas le regarder
Il ne faut pas l’écouter
Il faut passer
Faire comme si on ne le voyait pas
Comme si on ne l’entendait pas
Il faut passer et presser le pas
Si vous le regardez
Si vous l’écoutez
Il vous fait signe et rien personne
Ne peut vous empêcher d’aller vous asseoir près de lui
Alors il vous regarde et sourit
Et vous souffrez atrocement
Et l’homme continue de sourire
Et vous souriez du même sourire
Exactement
Plus vous souriez plus vous souffrez
Atrocement
Plus vous souffrez plus vous souriez
Irrémédiablement
Et vous restez là
Assis figé
Souriant sur le banc
Des enfants jouent tout près de vous
Des passants passent
Tranquillement
Des oiseaux s’envolent
Quittant un arbre
Pour un autre
Et vous restez là
Sur le banc
Et vous savez vous savez
Que jamais plus vous ne jouerez
Comme ces enfants
Vous savez que jamais plus vous ne passerez
Tranquillement
Comme ces passants
Que jamais plus vous ne vous envolerez
Quittant un arbre pour un autre
Comme ces oiseaux.
Jacques Prévert
accrochage virtuel
13 février 2016 § Poster un commentaire
Voici les trois dessins que j’ai présentés à Accrochage 2016 … peut-être un peu naïvement… et qui n’ont pas été retenus… je vous les livre donc ici… ils ont été réalisés avec Serge Sautereau « à quatre mains » dans la continuité d’un travail commencé avec Nicolas Favre sur le Kamasutra… toutefois ces dessins ont pris un autre chemin… régressif, onirique et passionnant…
dessins de Kajan et Serge Sautereau – crayon de couleurs format 50×70 cm
MATRICE ET RÊVE
Choses imperceptibles, taillées
chaque nuit :
souffle, traversée
souterraine de l’hiver : mots-puits
tombant dans la lumière minée
de ruisselet-berceuse
et gouffre.
Tu passes.
Entre peur et mémoire,
l’agate
de ton pas devient
pourpre
dans la poussière de l’enfance.
Soif : et coma : et feuille —
des bribes
de ce qu’on ne sait plus : le message non signé
enfoui dans mon corps.
Le linge blanc
étendu sur la corde. L’armoise
écrasée
dans le champ.
L’odeur de menthe
venant des ruines.
Paul Auster
le titre
9 février 2016 § 2 Commentaires
» le titre « dessin créé sur la base du tableau de Mendeleïev …
Ce dessin est le fruit d’une commande et accueille désormais les collaborateurs et les visiteurs de l’Unité de toxicologie et chimie forensiques (UTCF) du Centre Universitaire Romand de Médecine Légale (CURML) au Chalet-à-Gobet sur Lausanne. Je suis depuis longtemps fascinée par les représentations de l’univers qu’a tenté l’homme: ce tableau est pour moi une sorte de mandala scientifique. Ce qu’il représente est en toute chose et ainsi nous lie.
La titrimétrie ou titrage est une technique de dosage utilisée en chimie analytique afin de déterminer la concentration d’une espèce chimique en solution … ou titre d’une solution.
dans la galerie ci-dessous quelques images reflets de ces moments de création collective… (cliquez sur l’image pour ouvrir la galerie)
Encore des lettres aujourd’hui
toutes sortes de phrases
mêlées aux vôtres
Parfois je réponds et parfois non
C’est comme le téléphone
il sonne je le regarde sonner
il y a des jours
où je ne suis pas dans mon nom
pas dans mon sang pas dans mes yeux
des jours des semaines des mois
je laisse
les lettres parler le téléphone hurler
C’est une affaire de bon sens
Je ne peux répondre qu’en ma présence
Seulement voilà que faire
quand je n’y suis pas
Christian Bobin
merci à Marc pour cette aventure… merci à tous
au centre
6 février 2016 § 2 Commentaires
Je suis dans mon centre,
Tu es dans le tien.
C’est la rencontre de nos centres,
La permanence de cette rencontre
– Pour tout éclairer –
C’est leur coïncidence
Qui est notre amour.
Guillevic
mélancolie du jour
2 février 2016 § Poster un commentaire
deux dessins réalisés en transports en commun… aujourd’hui…
autour de moi des gens émus… par la mort soudaine de ce cuisinier au regard brillant… l’impossible communication des couples millésimés… un message de Moscou pour me rappeler qu’il n’est plus là… déjà six mois… une vengeance à base d’excréments projetés sur la façade… trop de travail… comment faire… je ne dormirai pas avec toi ce soir…
alors tristesse… puis dessin… il fallait bien la sortir sur le quai de la gare…
dessins mâchés
31 janvier 2016 § 5 Commentaires
improvisation
sur une chouette en papier mâché trouvée au rayon bricolage… joli prétexte pour inventer des histoires…
Là,
au croisement d’une chouette
et d’un rossignol,
se trouve ma croix.
Yannis Ritsos
La chouette en plein jour
ouvre grand les yeux
ne voit rien
Attends !
Ta nuit viendra à coup sûr
Ko Un
retouche à la chouette
syncope de l’ombre
on a touché la moelle de la nuit
Daniel Boulanger
merci aux mots trouvés chez Arbrealettres…
à qui parler ?
23 janvier 2016 § 8 Commentaires
dessins du métro le 21 janvier 2016…
dans ce moment entre deux territoire distincts, les impressions se bousculent… je les exprime en dessinant et souvent je m’interroge en découvrant ce qui prend forme dans mon carnet…
celui-ci en-dessous m’évoque Frida Kahlo … en version simple ou inversée… diurne ou nocturne… ces promenades dans les méandres de mon imagination sont sans fin… je crois que ma fonction dans ce monde est de m’y adonner…
Entrer enfin
s’enfoncer
dans le verbe
Se perdre
dans la chair
des mots
toute en femme et toute en lumière
Faire
laisser se faire
les gouffres, les ponts
les passages
l’abîme
De jour tu écris le poème
qui écrit
en toi
la nuit
Henry Bauchau
aspirations
10 janvier 2016 § Poster un commentaire
juste une question fondamentale : » à quoi aspirons-nous ? » …
si tout n’est que poussière, le chant est ouvert à toute aspiration…
La dernière sonate pour piano de Schubert
m’étant revenue hier soir, par surprise,
une fois de plus, je me suis dit simplement:
« Voilà. »
Voilà ce qui tient inexplicablement debout,
contre les pires tempêtes,
contre l’aspiration du vide;
voilà ce qui mérite, définitivement, d’être aimé:
la tendre colonne de feu qui vous conduit,
même dans le désert
qui semble n’avoir ni limites, ni fin.
Philippe Jaccottet
ode subliminale pour dimanche soir ordinaire… pour Syl, Manouche et Anne… et aussi à Stephen Vasey et sa recherche sur le couple…
apparitions du jour…
9 janvier 2016 § Poster un commentaire
fraîches mes apparitions… fraîches… dessinées aujourd’hui dans ma routine de bouleversement continuel… fraîches mes apparitions… aussi fraîches que mes émotions…
RÉPERTOIRE DES APPARITIONS
je vois
un tournoiement sans fin
c’est le tissage de la vie
c’est le tissage de la nuit
tout se croise
et s’entrecroise
tout pulse
et tout palpite
chaque mot ne tient plus
qu’à un fil
je vois
l’oeil de houille profonde
encore et toujours
l’oeil de houille
avec son frémissement d’élytres
l’oeil de houille
aile de papillon
entre les paumes du ciel
je vois
et je le reconnais
le territoire de la solitude
le vertige du sillon
le carbone
de la nuit étoilée
celui qui met
un mot
sur toutes les mélancolies
je vois un sceau
une empreinte
des tiges de roseau
qui bruissent sans relâche —
« tu ne sais pas ce que c’est que l’amour »
un appel
à une autre respiration
le profond
de l’intimité créatrice
je vois
notre vraie tête
notre tête originelle
pelote de lichens irisés
sphère ouverte
revenue de tout
en orbite
autour du coeur
Zéno Bianu
Disparition
Ta tête au premier plan
Est fort bien accueillie par la nuit qui s’écroule
Ta tête émerveillée émue
Extrême frémissant
Se compare sans coquetterie
A la foudre globulaire
Pas une goutte de pluie
Les condiments en puissance d’orage
Font que le ciel difforme retourne à ses boissons gelées
Ta tête violemment tendre
Telle une capucine lumineuse
Laisse la terre à ses secrets
Ta tête délicate et faible
Cette grande déshéritée
Où fait-on ce silence qui la persuade
Que sa naissance a prévalu
Pour toujours sur sa vie
Mais tes yeux
Tes yeux ont contredit les puits lunaires
Les échafaudages solaires
Tous les systèmes d’apparitions intermittentes.
Paul Eluard




































