tu me fais tourner la tête
10 novembre 2018 § 5 Commentaires

Si je regarde en toi fente
dans tes pentes dans tes plis sondant
Descendant par l’ombre et la moire à ton noir
Si je rôde et respire à tes alentours
Glissant du relief par la zone rose
Au secret gorgé de ce noir À la faille à la gorge, fente dans sa plissure avisant
Maintenant scrutant la buée belle à voir
Ce glissement à ta chaleur déjà liquide
Madame la fente où règne l’Odeur
O regardant par l’entaille le délice
de sueur, de fétide miel
Dans le val ce silence noir
De sombre suc musicien
Si descendant rôdant encore à cette orée
Je me tue à percer un chemin autre À la caverne visiteur épuisé de zèle
Quand la tonne parfumée exhale
Et coule en pluie à ta paroi
ruisselante robe définitive À ma bouche bien avant le drap des morts
O fente si je viens en toi
Par la langue et l’œil ouvrant ta nuit sacrée
Descendant par les haltes un songe noir comme un fleuve
Enfoui l’oubli muet dans tes pentes
Si j’allume au fond de la chambre
Cette lampe, fente, tes alentours sur la strie
Noire à l’ombre offrant la glu à me tuer
Visiteur encore rêvant mangeant la lumineuse suie
La fente par Jacques Chessex
trouvé en accord parfait ce jour chez mon pourvoyeur de poèmes Arbrealettres
dans les cahiers …
5 novembre 2018 § 2 Commentaires

2 dessins inspirés par les mots de Lev Rubinstein …
pour rappel, le dessin rencontre est un dessin improvisé et inspiré par la rencontre
et un tirage de carte(s) et de mots au hasard
à expérimenter pour faire le point sur le moment présent,
s’échapper d’un maintenant pesant,
pour changer de point de vue,
pour sonder ce qui est exprimé sans mot…
Lev Rubinstein n’est pas un poète. Il a beau connaître ses classiques par cœur, il a beau avoir commencé à écrire ses propres vers, dès 1975, l’ancien bibliothécaire soviétique refuse d’être désigné comme tel. « Interrogé sur ce qu’il fait, il parlera de la nécessaire réflexivité de l’art, de la connivence de principe entre les arts graphiques et ceux du langage, de son intérêt pour tout texte qui n’est pas fiction », explique Hélène Henry, qui a traduit une anthologie de ses écrits, publiée aux éditions Le Tripode.
Dans l’URSS des années 1970 et du stalinisme mou de Brejnev, le bibliothécaire saisit les mots au vol. Il attrape les paroles ordinaires des passants, les mots de la langue de bois bureaucrate, façonnée par une philosophie qui tressaute sur place comme un disque rayé, il se saisit des vers de Pouchkine ou d’une littérature créée sur mesure selon les mots d’ordre des Maisons des Écrivains. Et patiemment, il les découpe, les décortique, les désassemble, dans ses bureaux de l’Institut Pédagogique de Moscou. Pour finalement les noter sur ses petites fiches de bibliothécaire.
De cette écriture sur fiche, il fait un genre à part entière. Chaque expression est cataloguée, classée, rangée. Chacune de ces fiches devient une strophe, soigneusement numérotée. Empilées, elles deviennent un poème, fantasque, une poésie transformée en un objet que l’on peut tenir dans sa main, un tas de fiches attachées par un élastique pour ne pas s’éparpiller. On déclame ces textes ainsi, fiche par fiche, et à chaque fois revient le claquement sec de la strophe que l’on pose brusquement sur la table, pour révéler la suivante.


au bistrot
15 août 2018 § 1 commentaire
en rentrant de ma campagne profonde, je me suis arrêtée à Dijon et dans ce bistrot typo particulier j’ai eu besoin de transformer l’alphabète du set de table …

le set de table avant vision en quelques lettres …
là-bas un cow-boy amoureux, sa passion aboie comme un chien rouge… ici des gens qui mangent vite, qui attendent des tables tout aussi pressées… la danse des serveurs… courir… manger… là-bas un lecteur est plongé dans un recueil de poésie, se souvient de sa mère devenue cosmonaute… un cerf, un bélier, un horizon prometteur de non-sens plus beau que tout ce qui se passe autour de moi…
une urgence…
un seul mot d’ordre…
Rêver toujours !

Que la Terre ne sache pas que je vis !
Qu’elles ne sentent pas, les mers, que je navigue !
Qu’il ne comprenne pas, le ciel, que je le regarde !
Qu’à son horloge le temps ne me découvre pas
ni que l’air ne s’agite, si je respire !
Je suis tout juste un visiteur, je ne reste pas,
je quitte le monde sans y être venu…
Mais c’est en vain : le soleil frappe mon corps
et mon ombre lui sert de témoin.
*
Soy visitante
¡Que la tierra no sepa que estoy vivo!
¡Que no sientan, los mares, que navego!
¡Que no comprenda, el cielo, que le miro!
¡No me descubra en su reloj el tiempo
y no se agite el aire, si respiro!
Soy visitante apenas, no me quedo,
me voy del mundo sin haber venido…
Pero es en vano: el sol toca mi cuerpo
y mi sombra le sirve de testigo.
***
Ricardo Paseyro (1924-2009) – En la alta mar del aire y Mortal amor de la batalla (1965) – Dans la haute mer de l’air et Mortel amour de la bataille (Editions de Corlevour, 2003) – Traduit de l’espagnol (Uruguay) par Yves Roullière.
ce poème trouvé ici … merci à BEAUTY WILL SAVE THE WORLD
j’emballe
20 juin 2018 § 2 Commentaires
je recycle …
les emballages et les mauvaises nouvelles …
les papiers et les plastiques …
je dessine des anges …
je révèle des anges …
partout …
j’espère que vous les verrez …
ici et ailleurs …
j’espère que vous les trouverez …
enfin

sur ma chaîne Youtube découvrez un peu de mon univers …

ANGE VIGILANT
Je croyais qu’il suffisait d’un sourire pour se faire entendre
même quand on se tait
Le jour où j’ai su que c’était impossible
j’ai tapé
tapé comme un sourd
Dans l’ignorance du bien et du mal
Sous mes pieds des fleurs de pissenlit
mais qu’y avait-il au-dessus de ma tête ?
Je piétinais tout ce qui est au sol
et j’adorais tout ce qui est au ciel
Dans l’ignorance du bien et du mal
L’ange ? Il n’a fait que regarder ailleurs
Tanikawa Shuntarô ( trouvé chez Arbrealettres )
dans le sac
27 Mai 2018 § Poster un commentaire

Il faut toute la puissance d’un graphisme exotique pour évoquer les arômes d’un café ougandais contenu désormais dans une capsule en aluminium…
quelqu’un l’a laissé sur ma table ce sac haut en couleurs… j’y ai soudainement entrevu l’esprit d’un shamane…
je crois qu’il appelle afin de nous réveiller…
croyons-nous pouvoir encore longtemps dissimuler des cris sous une cosmétique impeccable?
j’entends des murmures sauvages nous appeler…
saurons-nous y répondre? …
le café, cette belle plante tropicale devrait pourtant stimuler notre système nerveux… nous inspirer ? …
La créole qui danse
Encore à minuit
dansera jusqu’à l’aurore
jusqu’à midi et jusqu’à l’autre nuit
Les seins bandés
Et les yeux clos
Elle parcourt un beau pays
où la tendresse se mêle à la colère
Elle sera toute surprise
après la danse après l’ivresse
de retrouver la rue froide
La nuit précoce et les draps froids
Comme une Vénus inconnue
Surgissant de la conque blanche du lit
Elle reposera son beau corps
En rêvant d’un Olympe noir comme elle
Et des anges noirs comme du charbon
soulevant cette déesse de couleur
l’emporteront vers un pays de ténèbres
où brille un soleil éclatant et bleu
Là les amants sont tendres et méchants
Et ils comprennent ses chansons
L’amour ne les fatigue pas
Et la mer a le parfum des corps virils
Voilà la vie de la créole qui danse
Qui danse encore à minuit
Qui dansera jusqu’à l’aurore
Jusqu’à demain midi et toute l’autre nuit.
Robert Desnos
cordial
24 avril 2018 § Poster un commentaire
cœur de ce jour, le mien est lourd mais plein d’espoir, d’amour …
pour Amandine

CŒUR
Il ne sait pas mon nom
Ce cœur dont je suis l’hôte,
Il ne sait rien de moi
Que des régions sauvages.
Hauts plateaux faits de sang,
Épaisseurs interdites,
Comment vous conquérir
Sans vous donner la mort?
Comment vous remonter,
Rivières de ma nuit
Retournant à vos sources
Rivières sans poissons
Mais brillantes et douces.
Je tourne autour de vous
Et ne puis aborder,
Bruits de plages lointaines,
O courants de ma terre
Vous me chassez au large
Et pourtant je suis vous,
Et je suis vous aussi
Mes violents rivages,
Écumes de ma vie.
Beau visage de femme,
Corps entouré d’espace,
Comment avez-vous fait,
Allant de place en place,
Pour entrer dans cette lie
Où je n’ai pas d’accès
Et qui m’est chaque jour
Plus sourde et insolite,
Pour y poser le pied
Comme en votre demeure,
Pour avancer la main
Comprenant que c’est l’heure
De prendre un livre ou bien
De fermer la croisée.
Vous allez, vous venez,
Vous prenez votre temps
Comme si vous suivaient
Seuls les yeux d’un enfant.
Sous la voûte charnelle
Mon cœur qui se croit seul
S’agite prisonnier
Pour sortir de sa cage.
Si je pouvais un jour
Lui dire sans langage
Que je forme le cercle
Tout autour de sa vie!
Par mes yeux bien ouverts
Faire descendre en lui
La surface du monde
Et tout ce qui dépasse,
Les vagues et les deux,
Les têtes et les yeux!
Ne saurais-je du moins
L’éclairer à demi
D’une mince bougie
Et lui montrer dans l’ombre
Celle qui vit en lui
Sans s’étonner jamais.
Jules Supervielle
quelques cœurs glanés dans ce journal virtuel… cliquez pour faire défiler les images…
chienne
20 avril 2018 § 9 Commentaires

dessiné dans le métro ce soir en rentrant…
Quand ma chienne me regarde
ses yeux se posent en vérité
dans mon dos sur le vaisselier
ou sur la ligne des arbres
par la fenêtre ouverte.
Elle me regarde
comme à travers une porte en perles
et c’est l’au-delà qu’elle voit
et par moments qui l’inquiète.
Gérard Le Gouic
découvert grâce à Arbrealettres
Rhinocéros
21 mars 2018 § Poster un commentaire



la dernière victime de l’hiver des hommes…
Sudan, le dernier rhinocéros blanc mâle du Nord, est mort à l’âge de 45 ans au Kenya, ainsi que l’ont annoncé les responsables de l’Ol Pejeta Conservancy et le zoo Dvůr Králové.
Dans un communiqué empli d’émotion diffusé sur son compte Twitter, la réserve pour animaux sauvages qui abritait Sultan a fait part de sa « grande tristesse », expliquant que l’animal était mort des suites de complications dues à son âge. Suite à d’importants problèmes musculaires et à une série de blessures ouvertes, Sudan ne pouvait plus se lever et souffrait énormément, ce qui a poussé les responsables de la réserve à prendre la décision de l’euthanasier.
Une décision d’autant plus compliquée que Sudan était le dernier représentant mâle de l’espèce des rhinocéros blancs du Nord. Trois spécimens de cette espèce ces trois dernières années, et en octobre 2014, le dernier spécimen mâle apte à la reproduction naturelle était décédé. Il ne reste aujourd’hui que des spécimens de rhinocéros blancs du Nord au monde, la femelle Najin et sa fille Fatu, qui vivent dans la même réserve que celle où s’est éteint Sudan. Les seuls espoirs de sauver l’espèce reposent donc sur des tentatives de fécondation in vitro grâce à la semence de rhinocéros blanc du Nord précédemment récoltée. (communiqué de presse mars 2018)
CHAQUE ANIMAL
Chaque animal sait prendre une autre forme
et pour cela son poète est choisi.
Les chants des geais, des rossignols s’entendent
et tout poème est bestiaire ardent.
Suis-je l’oiseau, le lion, la panthère
ou la fourmi ? D’amours zoologiques,
je suis épris sans savoir si je rampe
ou si je nage ou si je marche ou vole,
mais que je sois de pelage ou de plumes,
insecte ou ver, ingénument licorne,
hibou, saumon, rhinocéros, abeille,
je vois partout l’ombre du Grand Chasseur.
Robert Sabatier
l’amour en Bourgogne
24 février 2018 § 8 Commentaires
si l’escargot ne bavait pas,
il serait une étoile
René Daumal
PAR L’INFLUENCE DU PRINTEMPS
Dans le vase de cristal
il y a des fleurs nouvelles. Cette nuit,
il y eut une pluie de baisers.
Elle réveilla un faune bicorne
à la poursuite d’une âme émotive.
Nombre de fleurs exprimèrent leur parfum.
Dans la passionnelle syrinx
grandirent sept voix
qui dans sept roseaux furent placées
par Pan.
D’anciens rites païens
se renouvelèrent. L’étoile
de Vénus brilla, plus limpide
et diamantine. Les fraises
des bois rendirent leur sang.
Le nid se mit en fête.
Un rêve florentin
refleurit de printemps,
de façon qu’en chair vive
resurgirent les aspirations perdues.
Imaginez un chêne
donnant une rose fraîche ;
un bon ægipan latin
avec une bacchante grecque
et parisienne. Une musique
magnifique. Une suprême
inspiration primitive,
emplie de choses modernes.
Un vaste orgueil viril
que parfume l’odor di femina ;
un trône de pierre où
repose un lys.
Divine Saison ! Divine
Saison ! L’aube sourit
plus tendrement. La traîne
du paon exalte
son prestige. Le soleil augmente
son intime influence, et la harpe
nerveuse vibre seule.
Ô Printemps sacré !
Ô jouissance du don sacré
de la vie ! Ô palme superbe
sur nos fronts ! Cou
du cygne ! Colombe blanche !
Rose rouge ! Pallium bleu !
Et tout pour toi, ô mon âme !
Et pour toi, mon corps, et pour toi,
idée qui les relies.
Et pour Toi, que nous cherchons
et jamais ne trouverons —
jamais !
Rubén Darío
Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage
les mots trouvés chez Arbrealettres… mon pourvoyeur de Poésie
Thérémine
4 février 2018 § 4 Commentaires
dessins inspirés par ma rencontre récente avec le théréministe Thierry Frenkel qui donnait une académie à Lausanne à l’occasion du festival N/O/D/E
il caresse l’air
s’élève alors une vibration particulière
étrange instrument
paraissant dialoguer avec ailleurs
la dimension intime du son
à l’aube de la musique
les amours étranges du thérémine et du lutrin
cherchent toujours
à se faire du pied
je regarde Thierry
et ses mains qui dansent dans l’air
parfois le pincent ou semblent indiquer
quelques directions kabbalistiques
et il y a ce son vibrant
je me souviens des mouvements
des mains des danseuses indiennes
elles aussi semblaient dialoguer avec ailleurs
la beauté en suspension dans l’espace
serait ainsi révélée par quelques gestes mystérieux
la musique
Il est en elle une flamme miraculeuse,
En sa présence le reste s’estompe.
Elle seule parle avec moi
Quand les autres ont peur de m’approcher.
Quand le dernier ami a détourné ses yeux,
Elle a été avec moi dans ma tombe
Et elle a chanté comme le premier orage
Ou comme si toutes les fleurs se mettaient à parler.
Anna Akhmatova



