dans le sac

27 mai 2018 § Poster un commentaire

Il faut toute la puissance d’un graphisme exotique pour évoquer les arômes d’un café ougandais contenu désormais dans une capsule en aluminium…
quelqu’un l’a laissé sur ma table ce sac haut en couleurs… j’y ai soudainement entrevu l’esprit d’un shamane…
je crois qu’il appelle afin de nous réveiller…

 

croyons-nous pouvoir encore longtemps dissimuler des cris sous une cosmétique impeccable?
j’entends des murmures sauvages nous appeler…
saurons-nous y répondre? …
le café, cette belle plante tropicale devrait pourtant stimuler notre système nerveux… nous inspirer ? … 

La créole qui danse
Encore à minuit
dansera jusqu’à l’aurore
jusqu’à midi et jusqu’à l’autre nuit

Les seins bandés
Et les yeux clos
Elle parcourt un beau pays
où la tendresse se mêle à la colère

Elle sera toute surprise
après la danse après l’ivresse
de retrouver la rue froide
La nuit précoce et les draps froids

Comme une Vénus inconnue
Surgissant de la conque blanche du lit
Elle reposera son beau corps
En rêvant d’un Olympe noir comme elle

Et des anges noirs comme du charbon
soulevant cette déesse de couleur
l’emporteront vers un pays de ténèbres
où brille un soleil éclatant et bleu

Là les amants sont tendres et méchants
Et ils comprennent ses chansons
L’amour ne les fatigue pas
Et la mer a le parfum des corps virils

Voilà la vie de la créole qui danse
Qui danse encore à minuit
Qui dansera jusqu’à l’aurore
Jusqu’à demain midi et toute l’autre nuit.

Robert Desnos

 

la veillée

2 février 2018 § 3 Commentaires

2017 s’est terminé avec un 500ème article publié ici…
au moment du solstice… je remercie mes suiveurs fidèles pour leur foi
en la Beauté… en un ailleurs transcendé…
puis j’ai pris janvier pour me questionner sur la diffusion de mes dessins, de la direction de ma démarche…
le retour possible d’une nouvelle lumière…
je dis souvent qu’une des questions essentielles à se poser est :
« à quoi ça sert ? » …
tous ces mots… toutes ces images comme une litanie absurde… des yeux fatigués qui cherchent une révélation
et auxquels n’est toujours et encore proposé que d’acheter, d’acquérir, d’incorporer…
toujours plus… encore et encore…
de se développer, de s’améliorer, de se mettre à jour…
comment ?!! j’ai été mise au jour il y a longtemps…
de voyager, de découvrir, d’essayer… de réserver très vite…
je n’ai pas vu la grande muraille, je n’ai pas respiré cette rose à Damas…
ma pensée est alitée :
ce matin est apparu cette veillée…
dessinée sur un sachet de papier du magasin biologique…

Nostalgie sourde

je cherche un bahut de franchise autour de moi
tous les yeux se dérobent en cruelles œillades
j’ai le cœur qui va battant tel un aiglon blessé

Tâter le pouls de la race humaine
m’enrôler dans cette horde matérialiste
de clinquant et d’ordure
m’acclimater m’acclimater
mais j’ai peur que mon rire de flammèche encor vivace
décime détruise
crée au sein de ce bal chahutant
une esclandre de casseurs de veillée

Gemma Tremblay

Éteindre en nous ce feu
Qui mord, qui dévore?
Mais que faire d’autre
Sinon rallumer
Un feu autrement
Plus puissant, plus libre,
Charnel-aérien,
À l’image de
La flamme initiale,
Ne trahissant rien,
Ne réduisant rien,
Mais transformant tout
En veillée
nuptiale.

François Cheng

 

un remerciement tout particulier à Arbrealettres et son merveilleux lexique poétique où je trouve si souvent des mots pour dialoguer avec mes dessins…

balance ton homme 

18 octobre 2017 § 2 Commentaires

dessiné hier dans le métro…

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me laissant ses yeux

26 novembre 2016 § 2 Commentaires

encore un texte d’Aslı Erdoğan, femme écrivain emprisonnée à Istanbul depuis plus de 90 jours …

me-laissant-ses-yeux-par-kajanc

Autrefois, j’ai aimé quelqu’un. Il est parti en me laissant ses yeux. Il n’avait personne à me laisser. Aimer… Ce mot-là, je l’ai trouvé en fouillant dans mon cœur, en sondant inlassablement ces épaisses ténèbres. Mais personne ne m’a dit que « chacun tue celui qu’il aime » ! Nous étions ensemble dans l’édifice de pierre. J’ai longtemps prêté l’oreille aux bruits. Quand mon tour est venu, le jour n’était pas encore levé. Bien sûr, vous ne me croyez pas. Vous pensez que ce bâtiment est issu de mon rêve ? Mais nos rêves ne sont-ils pas le levain de la pâte dont nous sommes pétris ? Finalement, l’aube va naître, des trainées rouge sang vont apparaître à l’horizon… Dans le ciel tendu, terne, tout plat, les étoiles vont se solidifier et disparaître l’une après l’autre. La dernière laissera pendre une corde vers le bas, vers nous. Ta nuit muette, tes mots coupés en deux et ensanglantés, tes ombres errantes, privées de leur maître, tes rêves couleur de cœur dont personne ne veut, tes mots ailés vont pouvoir y grimper… Tous tes rêves, venus vivre parmi nous et repartis sans crier gare, vont pouvoir se hisser vers les profondeurs… Dans les tréfonds où se perdent tout homme et toute chose… Mais vous ne m’entendez pas ? J’aurais peut-être dû faire mon récit au passé. J’ai attaqué ma chanson dans le mauvais sens, par la mauvaise note.

extrait du Bâtiment de pierre d’ Aslı Erdoğan (Taş Bina ve Diğerleri)

Vous pouvez écrire à Asli Erdogan en prison, pour la soutenir, pour matérialiser cet intérêt international par un courrier abondant :
Sayin Asli ERDOGAN
Bakırköy Kadın Kapalı Cezaevi C 9 Koğuşu
Bakırköy İstanbul
(TURQUIE)

j’entends mon sang

19 novembre 2016 § Poster un commentaire

asli-rouge-par-kajanc

 

VIE

18 novembre 2016 § Poster un commentaire

extrait du Bâtiment de pierre d’ Aslı Erdoğan (Taş Bina ve Diğerleri), traduction française parue en 2013 chez Actes Sud.

 

Si l’on veut écrire, on doit le faire avec son corps nu et vulnérable sous la peau… Les mots ne parlent qu’avec les autres mots. Prenez un V, un I et un E et vous écrivez Vie. À condition de ne pas vous tromper dans l’ordre des lettres, de ne pas, comme dans la légende, laisser tomber une lettre et tuer l’argile vivante. J’écris la vie pour ceux qui peuvent la cueillir dans un souffle, dans un soupir. Comme on cueille un fruit sur la branche, comme on arrache une racine. Il te reste le murmure que tu perçois en plaçant contre ton oreille un coquillage vide. La vie : mot qui s’insinue dans ta moelle et dans tes os, murmure évoquant la douleur, son qu’emplissent les océans.

Aslı

15 novembre 2016 § 4 Commentaires

dessinée dans l’urgence, tous demandent de lire ses textes, tous demandent de dire son nom… je la croise et croise encore sur la toile… elle me touche… plus que le président américain ou la lune nouvelle… elle me touche… je veux la dessiner… je cherche des images d’elle… elle a un regard droit et fier… je la dessine les yeux fermés… comme une lionne en cage… sans raison… elle a les yeux fermés… elle attend dans la prison que les nôtres soient ouverts…

 

Trois extraits du Bâtiment de pierre d’ Aslı Erdoğan (Taş Bina ve Diğerleri), traduction française parue en 2013 chez Actes Sud.

1

Si l’on veut écrire, on doit le faire avec son corps nu et vulnérable sous la peau… Les mots ne parlent qu’avec les autres mots. Prenez un V, un I et un E et vous écrivez Vie. À condition de ne pas vous tromper dans l’ordre des lettres, de ne pas, comme dans la légende, laisser tomber une lettre et tuer l’argile vivante. J’écris la vie pour ceux qui peuvent la cueillir dans un souffle, dans un soupir. Comme on cueille un fruit sur la branche, comme on arrache une racine. Il te reste le murmure que tu perçois en plaçant contre ton oreille un coquillage vide. La vie : mot qui s’insinue dans ta moelle et dans tes os, murmure évoquant la douleur, son qu’emplissent les océans.

2

Autrefois, j’ai aimé quelqu’un. Il est parti en me laissant ses yeux. Il n’avait personne à me laisser. Aimer… Ce mot-là, je l’ai trouvé en fouillant dans mon cœur, en sondant inlassablement ces épaisses ténèbres. Mais personne ne m’a dit que « chacun tue celui qu’il aime » ! Nous étions ensemble dans l’édifice de pierre. J’ai longtemps prêté l’oreille aux bruits. Quand mon tour est venu, le jour n’était pas encore levé. Bien sûr, vous ne me croyez pas. Vous pensez que ce bâtiment est issu de mon rêve ? Mais nos rêves ne sont-ils pas le levain de la pâte dont nous sommes pétris ? Finalement, l’aube va naître, des trainées rouge sang vont apparaître à l’horizon… Dans le ciel tendu, terne, tout plat, les étoiles vont se solidifier et disparaître l’une après l’autre. La dernière laissera pendre une corde vers le bas, vers nous. Ta nuit muette, tes mots coupés en deux et ensanglantés, tes ombres errantes, privées de leur maître, tes rêves couleur de cœur dont personne ne veut, tes mots ailés vont pouvoir y grimper… Tous tes rêves, venus vivre parmi nous et repartis sans crier gare, vont pouvoir se hisser vers les profondeurs… Dans les tréfonds où se perdent tout homme et toute chose… Mais vous ne m’entendez pas ? J’aurais peut-être dû faire mon récit au passé. J’ai attaqué ma chanson dans le mauvais sens, par la mauvaise note.

3

Parfois, pourtant, très rarement, j’entends en moi une voix qui ne semble ni émaner d’un être humain ni s’adresser aux hommes. J’entends mon sang qui se réveille, coule de mes vieilles blessures, jaillit de mes veines ouvertes… J’entends des cris qui ravivent mes plus anciennes, mes plus authentiques terreurs et je me rappelle qu’ils sont nés du désir de vivre. Mes plaies ne parlent guère, mais elles ne mentent jamais. Pourtant leurs cris affreux, incohérents, viennent se briser sur des murs infranchissables et retombent en pluie sur ce sol, devenu mensonge, que sont le visage et le verbe des hommes. Leur son s’égare dans les méandres, les recoins, les impasses d’un labyrinthe et se propage dans le vide sans rencontrer un seul cœur.

 

équinoxe

25 septembre 2016 § 2 Commentaires

 

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Aujourd’hui comme toujours c’est l’anniversaire
Du Merveilleux et de l’Horrible son contraire

Ernest Delève

ÉQUINOXE

Ces jours de vive eau

où le tonnerre
parle à travers la pluie

où la beauté par éclairs
fuse à travers le cerveau

*

EQUINOX

Those tidal days

when the thunder
talks through the rain

and a lightning beauty
flashes over the brain

Kenneth White

*

En montagne, averses hivernales
En plaine, on arrache les radis énormes
C’est la vie.

Yokoi Yayu                                  …toutes ces perles poétiques germées sur arbrealettres

 

***

dessiné le jour de l’équinoxe qui pour moi cette année est ressentie comme la quête de l’équilibre…

est-ce que ça a un sens ?
… aucun … oui … plein … non … peut-être … absolument ou pas … sûrement … c’est possible … pourquoi ? … j’espère … certainement … je crois …

 

 

au café

11 septembre 2016 § 5 Commentaires

sacre-cafe-par-kajanc

dessiné ce matin sur le sachet de papier de la boulangerie portugaise où j’ai mes petites habitudes…

en lutte depuis toujours dans ma perception du monde, je trouve refuge dans les cafés où je me sens dans une interface acceptable avec la société … enveloppée juste ce qu’il faut par un sentiment de familiarité … mes sens ravivés par la délicieuse odeur de café … ma drogue … des histoires brèves …

 

°°°°°

Ici
on cherche toujours quelque chose
dans les cafés, les églises, les places
et jusque dans les poubelles
on cherche en l’autre, en soi
dans la cohue des trottoirs
l’accalmie des ponts
dans l’eau stagnante des fontaines
et sur les bancs indiscrets
on cherche en bas, en haut, devant soi
un ticket de métro
une terre ou une femme perdus
un livre qu’on lira
sur un lit d’hôpital ou en prison
une chanson sans titre
un ouvre-boîtes solide
un oiseau qui ne chante que de nuit
On cherche
un regard qui fera basculer votre vie
un graffiti à vous seul adressé
un heurtoir arabe sur une porte italienne
une carte postale que vous avez envoyée il y a vingt ans
et que le destinataire a revendue
votre date de mort inscrite

Abdellatif Laâbi

°°°°°

ne laissons pas les villages sans café ni église…

le titre

9 février 2016 § 2 Commentaires

  » le titre « dessin créé sur la base du tableau de Mendeleïev …

le titre par Kajan(c)

Ce dessin est le fruit d’une commande et accueille désormais les collaborateurs et les visiteurs de l’Unité de toxicologie et chimie forensiques (UTCF) du Centre Universitaire Romand de Médecine Légale (CURML) au Chalet-à-Gobet sur Lausanne. Je suis depuis longtemps fascinée par les représentations de l’univers qu’a tenté l’homme: ce tableau est pour moi une sorte de mandala scientifique. Ce qu’il représente est en toute chose et ainsi nous lie.

le titre (au dos) par Kajan(c)

La titrimétrie ou titrage est une technique de dosage utilisée en chimie analytique afin de déterminer la concentration d’une espèce chimique en solution … ou titre d’une solution.

dans la galerie ci-dessous quelques images reflets de ces moments de création collective… (cliquez sur l’image pour ouvrir la galerie)

 

Encore des lettres aujourd’hui
toutes sortes de phrases
mêlées aux vôtres
Parfois je réponds et parfois non
C’est comme le téléphone
il sonne je le regarde sonner
il y a des jours
où je ne suis pas dans mon nom
pas dans mon sang pas dans mes yeux
des jours des semaines des mois
je laisse
les lettres parler le téléphone hurler
C’est une affaire de bon sens
Je ne peux répondre qu’en ma présence
Seulement voilà que faire
quand je n’y suis pas

Christian Bobin

holothurie

 

merci à Marc pour cette aventure… merci à tous

Où suis-je ?

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